19/10/12

Allégement de la dette pour le Congo: est-ce vraiment une bonne chose?

En 2010 le FMI a annoncé un allégement de la dette pour la RD Congo. Mais est-ce vraiment un cadeau?

En 2010, le FMI, en collaboration avec la Banque mondiale et des créanciers tels que le Club de Rome, a annoncé un allègement de la dette de 12,3 milliards de dollars pour la RD Congo. Cela sonne plutôt bien. Mais qu’est ce que cela représente réellement pour le peuple congolais ?
Cette question a fait l’objet d’une journée d’étude organisée par le Ministère de la Coopération au développement.

Un cadeau?

La victoire la plus importante pour le Congo est géopolitique : cette opération donne un coup de neuf à l’image du pays et le rend plus attrayant pour les investisseurs étrangers qui sont à nouveau tentés de prendre des risques en prêtant au gouvernement congolais.

La délégation congolaise a mis l'accent sur le fait que la restructuration de la dette n'a pas été un cadeau de bienfaisance. En effet, cela ne signifie évidemment pas que maintenant le Congo n’a plus aucune dette à payer. Cela signifie seulement que le remboursement devient supportable pour le pays.
Comment cela se passe-t-il? Avant l’allègement de la dette, la DR Congo payait un montant négocié d’environ 50 millions de dollars par mois. Ce montant ne correspondait même pas au montant des intérêts sur la dette.
La dette totale n’était donc pas supportable et n‘aurait jamais été remboursée. Grâce à l’allègement de la dette, celle-ci n’es plus «que» de 3 milliards de dollars. Le Congo peut donc, non seulement commencer à rembourser les intérêts mais aussi la dette de base. Mais il doit toujours payer….

Est-il normal que les congolais doivent encore se sacrifier pour faire face à cette dette ?
Cette question, toute droit surgi de l’auditoire, est restée sans réponse 

Ce n’est en effet pas une dette contractée par le peuple ni par l’actuel gouvernement issu des urnes.
Depuis son indépendance déjà le Congo trainait une dette coloniale. Cette dette a continué à croître ensuite sous le règne de Mobutu mais servait surtout les intérêts des banques occidentales et du clan Mobutu. Et certainement pas ceux de la nation congolaise.
Les Congolais sont pointés du doigt. Mais qu’advient-il de tous ceux qui ont fait des affaires juteuses avec Mobutu. Et qu’en est-il des banquiers qui accueillent à bras ouverts – et gèrent- la fortune Mobutu ?
N’ont-elles pas une responsabilité bien plus grande?

Quatre commentaires

Après l'enchainement de prise de parole de plusieurs orateurs issus des milieux financiers, y compris du FMI et de la Banque Mondiale, Arnaud Zacharie représentant du CNCD 11.11.11 a pu enfin prendre la parole lui aussi. Il a souligné que pour parler réellement d’allègement de la dette, plusieurs conditions doivent être remplies.

UN : allègement de la dette devrait signifier qu’un pays reçoit davantage de moyens pour investir dans sa reconstruction.

Souvent « allègement de la dette » implique que dans la perspective d’un éventuel abandon de créance, le pays en question accepte de continuer à payer au monde bancaire international.

En 2000, la RDC était virtuellement en faillite et la valeur économique de sa dette d’alors, de plus ou moins 12 milliards de dollars, était quasi nulle.
Le pays, soumis à de fortes pressions durant les négociations, a été contraint de payer de nouveaux remboursements qui atteignent à ce jour +/- 8 milliards de dollars.
Les grands gagnants sont donc bien les banques qui auraient perdu leurs avoirs en cas de faillite de la RDC. Le grand perdant est le peuple congolais qui a financé lui-même en grande partie l’allègement de sa dette

DEUX : l’allègement de la dette ne peut pas remplacer l’aide au développement.

Voilà bien un mécanisme pervers : le Ministère Belge des Finances supprime une créance de plusieurs millions, mais impute cette somme au Ministère de la Coopération au Développement.
Pour la Belgique c’est tout bénéfice : elle encaisse son remboursement total en une seule fois et dans le même temps elle dépense moins en aide au développement.

TROIS : l’allègement de la dette devrait servir à la création d’un marché interne et d’un modèle économique avantageux pour le pays bénéficiaire

Le mécanisme imposé par le FMI au Congo ne répondait en rien à cette orientation. En échange d’un rééchelonnement de la dette, le FMI a distribué ces dernières années certains montants. Mais il s’agissait surtout de montants destinés à combattre la soi-disant pauvreté et non pas à favoriser un développement économique durable.
C’est ainsi que le Congo a acheté, année après année, des médicaments à des sociétés pharmaceutiques occidentales mais il n’a toujours pas de production propre de médicaments.

QUATRE : l’allègement de la dette ne peut pas être accompagné de conditions qui enfonceraient encore un peu plus le pays dans la misère.

L’exemple par excellence, pour le Congo, a été le Plan d’Ajustement Structurel que le FMI a imposé et qui a été en partie la cause d’une catastrophe sociale sans précédent.
Encore aujourd’hui, le FMI exige des privatisations et l’instauration d’un « bon climat d’affaires » pour les monopoles internationaux.

En 2009, sous la pression du FMI et au nom de la « bonne gouvernance » et « pas de nouvelles montagnes de dettes » l’accord entre la Chine et la RDC a été affaibli. Avec pour conséquence que la pays a loupé de la sorte 3 milliards d’investissements en infrastructures. Pourtant le pays avait un besoin criant de ces investissements pour permettre une relance économique.

Une approche alternative

La conférence a également abordé la question de la dette du Nigeria.
Alors que l'évaluation de la question du Congo était «modérément positive», les experts étaient carrément enthousiastes à propos de l'évolution de ce pays. Depuis l’allègement de sa dette, ce pays affiche en effet une croissance économique régulière et assez impressionnante de 7 à 8%, en dépit de la crise économique mondiale.

Seulement voila : on a dû admettre, à contrecœur, que cette évolution n’était pas principalement le résultat de l'allégement de la dette telle qu’elle a été proposée pour le Congo ...

Aux alentours de 2007, on a vu arriver une équipe qui voulait aller de l’avant, qui avait des projets et des plans et qui avait sa propre vision sur la manière dont le pays et l’économie devaient être développés. Une équipe qui estimait que cette tâche relevait de l'État et non pas des marchés. Ce sont surtout les investissements dans le secteur de l’énergie qui ont été mis en priorité. Au lieu de rester soumis sous la houlette du FMI et des bailleurs internationaux, ce pays suit, depuis lors, un parcours relativement indépendant.

En quelques années, le Nigeria a considérablement réduit sa montagne de dettes en remboursant 12 milliards de dollars en échange de l'annulation de 20 milliards de dollars.
Pour y arriver ils ont pu compter sur l'augmentation des revenus du secteur pétrolier. Ce qui a fait que le pays a pu commencer à épargner et a pu investir environ 1 milliard de dollars par an dans la modernisation de son économie.

On observe aussi un glissement en termes de politique et des relations internationales dans le pays. Le conseiller économique du Nigeria, M. Nwankwo, a déclaré que dans les milieux gouvernementaux on a pour ambition que d’ici trois ans on parle de "BRINCS". Car le pays veut rejoindre le plus tôt possible le club des BRICS, le groupe des économies émergentes.

Les textes de l'évaluation peut être consulté à l'adresse
http://diplomatie.belgium.be/fr/binaries/evaluatie_schuldverlichting_drc...

 Traduction: Jos Convié

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