31/07/12

Bienvenue au futur de l'humanité

Assemblée populaire pour la Santé 2012: rassemblement mondial organisé par le Mouvement populaire pour la santé

“Bienvenue au futur de l'humanité”, c'est avec ces mots que Ron Labonte a ouvert la session plénière de la Troisième Assemblée populaire pour la santé au Cap. L'Assemblée populaire pour la santé est un rassemblement mondial organisé par le Mouvement populaire pour la santé. Labonte y a ajouté que “la mobilisation populaire était l'avenir.” Le ton était ainsi donné. C'est ici qu'on entendra la voix du peuple.

"Bienvenue au futur de l'humanité”, c'est avec ces mots que Ron Labonte a ouvert la session plénière de la Troisième Assemblée populaire pour la Santé au Cap. Il y a également déclaré que “la mobilisation populaire était l'avenir”. Labonte est professeur en santé publique au Canada et a donné une introduction aux crises économiques du système capitaliste mondial actuel. “Malgré, ou devrais-je plutôt dire grâce, à la crise actuelle, nous constatons le plus grand transfert jamais vu de fonds publics vers des mains privées.”

Le ton était ainsi donné: L'Assemblée populaire pour la santé est un rassemblement mondial organisé par le Mouvement populaire pour la Santé. C'est ici que, dans les jours qui vont suivre, on entendra la voix du peuple. Et celui-ci ne passe pas par quatre chemins.

C'est Zackie Achmat qui se charge du moment émotion. Après son discours, les Sud-Africains ont spontanément entamé un chant. Il faut dire aussi que Zackie est un véritable héros populaire dans le pays. Il est passé de la lutte contre l’apartheid à la lutte pour le droit des personnes atteintes du VIH/SIDA. “Si aujourd'hui je suis encore en vie, c'est grâce à notre combat révolutionnaire contre l'industrie pharmaceutique,” a-t-il témoigné. “Tous les droits sont les résultats de combats révolutionnaires."

Depuis, les différentes sessions se succèdent: plénières, sous-plénières, groupes de travail,... Une des sessions plénières sur l'Afrique concernait par exemple la tendance des grandes institutions internationales et des ONG à convaincre les pays en voie de développement à prendre une assurance maladie. Dans la pratique, il s'agit du moyen de financement le plus régressif qu'il soit. Les plus pauvres paient le plus mais bénéficient le moins. L’alternative: un financement public des soins de santé. Il est tout à fait possible de financer cela si les riches contribuent suffisamment.

Nous faisons aussi connaissance avec le travail du MPS Kenya. L'année passée, nous avons soutenu un de leur projet, à l'époque de la famine dans Corne de l'Afrique. Leur approche est tout à fait fascinante parce qu'elle est tellement différente de celle des grandes ONG. “Celles-ci ne font que rendre les gens dépendants”, disent-ils. Ils ont eux-mêmes aussi commencé avec de l'aide d'urgence, mais celle-ci allait de pair avec de l'éducation. Ils ont ainsi formé 50 dirigeants de communauté qui informent toute la communauté à propos de leurs droits. “Ne croyez pas que dans de telles conditions les gens ne pensent qu'à leur estomac. Les gens à la base ont soif d'information.”

Nous sommes nous-mêmes très actifs ici. Tim et Heleen, nos deux volontaires (également pour MPLP et intal) ont pris la parole en sous-plénière. Et chaque soir, on organise un groupe de travail sur l'empowerment dans lequel nos partenaires racontent leurs expériences. Le premier soir, nous avons abordé la question de l'organisation des communautés. Daoud nous a parlé du travail avec les jeunes à Jérusalem et Eric a expliqué son expérience dans au sein d'Etoile du Sud à Kinshasa. Après, c'était au tour d'Embeng et de Leni d'expliquer dans un groupe de travail le rôle des travailleurs de la santé professionnels aux Philippines.

Les premiers jours de l'Assemblée étaient consacrés à l'analyse des facteurs sociaux et économiques qui rendent les gens malades. Et parfois, ce sujet était abordé de manière très concrète. Lors de la session concernant la souveraineté alimentaire, Mat Anderson, un médecin à New York qui a travaillé des années à Haïti, a expliqué comment les États-Unis diminuaient l'approvisionnement alimentaire de ce pays en larguant les excédents agricoles comme aide alimentaire. Il a conclu avec cette belle citation: “La pauvreté est un rapport. Tu ne peux être pauvre qu'à condition que quelqu'un d'autre soit riche. On peut comparer cela avec le fait que je suis un neveu. Ce n'est possible que si j'ai un oncle.”

Lors du troisième jour, nous avons approfondi la question du système des soins de santé. Mauricio Torres, un compañero de Colombie, a expliqué comment, dans son pays, tout le système des soins de santé a été réformé d'après la recette néolibérale. Il a résumé la situation ainsi: “Les gens de mon pays ne voient plus la santé comme un droit mais comme une marchandise et les citoyens sont devenus des consommateurs.” Il nous a également mis en garde contre l'introduction des assurances maladies dans un tel contexte: “Ce n'est pas parce que les assurances santé sont largement répandues que tout le monde a accès aux soins de santé, parce que l'ensemble des services qui sont couverts par celles-ci est limité – s'ils sont disponibles là où ils sont nécessaires.”

T. Sunderaraman du MPS-Inde a été encore un peu plus loin avec leur slogan actuel “Couverture universelle des soins de santé". L'expérience en Inde montre que ce slogan sert à cacher les recettes néolibérales actuelles. 'La santé pour tous' est seulement possible si l'accent est mis sur l'accessibilité aux soins de santé qui doit être renforcée en tant que service public. Mais souvent, avec les “Couvertures universelles de santé”, l'accent est mis sur le financement de services privés grâce à une assurance privée. Apparemment, on considère le marché comme une manière efficace de renforcer les soins de santé. Mais l'expérience indienne montre que rien n'est moins vrai.

Lors de la même session plénière, Tim Joye, qui travaille pour Médecine pour le Peuple, a continué sur la lancée en exposant comment la même politique néolibérale organise la démolition de notre sécurité sociale européenne. Vous pouvez voir comment il l'explique dans la vidéo jointe à cet article.

L'après-midi, c'était au tour de Suwit Wibulpolprasert. Suwit est l'architecte du miracle thaïlandais, la réforme du système des soins de santé ces dix dernières années, mais n'a aucun problème à avouer que c'est le fruit de la pression de la base. Le “National Health Security Act” était la conséquence d'une pétition massive de groupes d'action. La nouvelle politique a aujourd'hui 10 ans et porte désormais ses fruits grâce à l'augmentation du budget des soins de santé, la priorité aux zones rurales pauvres et la manière courageuse avec laquelle les autorités thaïlandaises ont donné priorité aux intérêts de leur propre peuple face aux multinationales étrangères.

Suwit a fièrement exposé comment ils utilisent, malgré la colère des géants pharmaceutiques et des États-Unis, tous les moyens légaux pour casser la position de monopole des multinationales et pour importer des médicaments bon marché ou pour les produire eux-mêmes. Suwit est également un grand orateur qui n'hésite pas à ajouter une touche d'humour: “Au sein de l'Organisation Mondiale de la Santé on ne fait que réfléchir, parce qu'il s'agit d'une “agence technique”. Chez Unicef, ils agissent, parce que c'est une “agence d'exécution”. Et la Banque Mondiale, elle, fait les deux, mais malheureusement elle fait toujours tout de travers.” ;-)

La dernière journée était sous le signe de la “Mobilisation pour la Santé pour Tous”. C'est surtout le discours de Mark Heywood qui a marqué les esprits. Il est le symbole de la lutte contre l’apartheid et l'actuel directeur de Section 27, une organisation sud-africaine pour les droits de l'Homme. Il a fait un exposé enflammé pour le droit à la santé. Il a débuté son exposé ainsi: “Il n'y a pas de santé pour tous, sans justice. Et c'est la raison pour laquelle il n'y aura pas de santé pour tous sans la démocratie populaire.” Il a résumé sa vision du droit à la santé en quatre points:
La santé ne peut pas être une marchandise ; C'est le droit à un paquet maximal et non minimal ; Il s'agit d'un droit pour tous, et pas uniquement pour les plus pauvres ; Et il s'agit d'une redistribution entre États, et pas uniquement entre citoyens d'un État.

J'ai eu moi-même l'occasion de prendre la parole dans une des sous-plénières sur “Comment le changement social arrive” où j'ai parlé de nos expériences d'empowerment pour le droit à la santé. J'ai insisté sur le fait que l'empowerment signifiait que nous voulons influencer les rapports de forces dans la société, que nous faisons cela sur base d'une analyse de classes et que nous utilisons pour cela une stratégie en trois parties: sensibiliser, organiser et mobiliser. Avec le Mouvement populaire pour la santé, nous sommes bons en sensibilisation et en mobilisation, mais nous manquons souvent d'une organisation durable qui fait en sorte que nous pouvons vraiment influencer le rapport de force.

Lors de la dernière session plénière de la journée, nous avons parlé de la manière dont nous pouvons développer le mouvement. Ce n'est pas une chose aisée dans une grande salle avec des centaines d'activistes. Il y avait des dizaines de bonnes idées et encore plus de questions pertinentes et profondes mais il faudra encore bien des discussions pour arriver à des stratégies efficaces qui peuvent encore développer le mouvement à la base.

L'Assemblée a été clôturée par une discussion sur l'Appel à Action. Ce sujet avait été abordé pendant les 4 jours dans les groupes de travail. La version que nous avons aujourd'hui est une analyse pointue mais celle-ci sera finalisée dans les semaines à venir afin de devenir un document qui donnera une direction au Mouvement populaire pour la santé dans les années à venir.

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