17/12/15

COP21: le changement se fera par la base, pas lors des COP!

M3M, intal et ICS ont organisé un débriefing sur les décisions prises par les gouvernements du monde entier lors du Sommet climatique des Nations unies à Paris. Une soirée riche en discussions grâce à nos trois grandes oratrices de qualité, Natalie Eggermont, Claudia Salerno et Camille Risler.
Le changement viendra des populations, pas des gouvernements! Claudia Salerno

Pendant toute la soirée Camille Risler du Asian Pacific Forum on Woman, Law and Development, Claudia Salerno Ambassadrice du Venezuela à Bruxelles et Chef de la délégation venezuelienne à la COP21 et Natalie Eggermont Présidente du Climate Express nous ont partagé leurs vues respectives par rapport à l'accord climatique de Paris conclu par 195 Chefs d'Etat le samedi 12 décembre 2015 à Paris.

En comparaison de ce qui aurait pu se passer, c'est un miracle

Selon Claudia Salerno, les signes sont là. Les 195 Chefs d’État se sont mis d'accord pour reconnaître l'urgence climatique. « C'est le mieux qu'ils auraient pu faire collectivement.»

L'accord de Paris est toujours en attente d'adoption formelle, mais sa limite ambitieuse du réchauffement de la planète à 1.5°C, après le rejet de cette demande pendant tant d'années, peut être considérée comme une victoire. À cet égard, le texte final est plus fort que ce que la plupart des gens avaient anticipé.

En comparaison de ce qui aurait du se passer, c'est un désastre

Malgré l'ambition apparente de l'accord, lorsqu'on le regarde de plus près, il ne parviendra pas à lutter efficacement contre le changement climatique.

Camille Risler rappelle qu'en entérinant les contributions nationales (INDCs), les gouvernements ont accepté un réchauffement climatique supérieur à 3°C. On est donc loin de la limite des 1,5 °C fixée dans l'accord. L’objectif d’1,5 °C, n’est en effet pas un contraignant. Pourtant, aucun mécanisme de révision des INDCS n'est prévu avant 2023. De plus, aucun mécanisme n’est mis en œuvre pour sanctionner les États qui ne prendraient pas des engagements suffisants, qui ne les mèneraient pas à bien ou qui refuseraient de les revoir à la hausse. Aucune date n’est mentionnée pour le pic des émissions, seulement le fait de les diminuer « le plus vite possible ». Ce qui veut à la fois tout et ne rien dire.

L’objectif de long-terme, attendu pour 2050 et qui mènerait à une décarbonisation complète, ne concerne que la seconde partie du siècle. Cet objectif de long-terme ouvre la porte à l’utilisation de fausses solutions pour diminuer les émissions de CO2 telles que le stockage et la séquestration du carbone, la compensation carbone et la géo ingéniérie. Selon Camille Risler, on ne parle plus de « marché » du carbone dans l'accord mais on l'enjolive avec d'autres mots tels que « approches coopératives ». Les secteurs de l’aviation civile et du transport maritime qui représentent autant que les émissions de l'Allemagne et de l'Angleterre réunis sont exemptés de tout objectif.

Selon Claudia Salerno, rien dans l'accord ne permet d'atteindre la durabilité. Il sert seulement à apporter de nouvelles technologies et de nouveaux profits aux pays européens et aux États-Unis qui font face à une crise financière. Et toutes ces technologies seront vendues. Aucun mécanisme n'est clairement défini pour faciliter le transfert des technologies vers les pays en développement, notamment pour lever les barrières lées aux droits de propriété intellectuelle. « Ainsi, les entreprises qui ont créé le problème du changement climatique sont également celles qui ont les solutions et qui désirent en tirer profit. Le capitalisme a des solutions pour le capitalisme. »

Toujours selon Claudia Salerno, les pays développés ne remplissent pas leur part de responsabilité vis-à-vis des pays en développement. Il n'y a aucune référence dans l'accord à la responsabilité historique du changement climatique. Aucune justice climatique n'est de mise pour les pays en développement. Par exemple, les États-Unis ont bien voulu reconnaître les Pertes et Dommages des pays qui subissent déjà les conséquences du changement climatique pour autant que ces derniers ne demandent aucune compensation. Alors que les gouvernements s'étaient engagés à financer 100 milliards de dollars aux pays en développement pour 2020 avec de nouveaux engagements post 2020, cette somme ne se retrouve pas dans l'accord et aucun engagement n'est fait par rapport au financement. Les pays riches historiquement responsables du réchauffement climatique tentent se dédouaner de leurs responsabilités ! « Ils ont même parvenus à influencer les médias, en faisant croire que le blocage venait du Venezuela et de l'Arabie saoudite alors que les principaux bloqueurs de l'accord étaient, selon Claudia Salerno, les Etats-Unis et l'Europe. »

Enfin, les références aux droits humains et des populations indigènes, à la transition juste ont été supprimées des articles de l’accord de Paris et renvoyées dans les préambules. Selon Camille Risler, « les femmes sont les pus touchées par le changement climatique. » Le terme « genre » se trouvait 8 fois dans l'ancien texte. Aujourd'hui, il n'y est plus que 3 fois : dans le préambule, la partie sur l'adaptation et celle sur le capacity-building. Il s'agit d'un grand recul.

Le changement viendra de la base

Selon Claudia Salerno, le changement viendra des populations, pas du gouvernement.

Natalie Eggermont rajoute que c'est la première fois que les mouvements sociaux se sont rassemblés à la fin de la COP à Paris et non au milieu car ils savaient d'avance que l'accord ne serait pas parfait. Ainsi des milliers de personnes du monde entier ont été le 12 décembre dans les rues de Paris pour avoir le dernier mot et dressé de manière visuelle les lignes rouges et les limites de notre planète.

Natalie Eggermont a également rappellé l'ampleur de la mobilisation de la société civile belge. Plus de 4000 à Bruxelles le 29 janvier, plus de 14 000 à Ostende le 6 décembre et des milliers à Paris le 12 décembre. Avec la réouverture de Tihange et Doel 3 et un accord climatique belge conclu après seulement six ans, Natalie remercie le gouvernement belge d'avoir donné autant de raisons aux Belges d'aller dans les rues pour faire entendre leurs voix !

Selon elle, « il est important que le peuple réclame la démocratie, non pas au Bourget, dans l'espace des COP, mais bien dans chaque communauté. A travers le monde entier, des centaines de luttes remportent des victoires. Nos gouvernements n'osent pas affronter les lobbys et les multinationales mais le peuple bien... Et il gagne ! » Il est temps de rassembler toutes les luttes : sociales, économiques, environnementales, etc. Ensemble, nous serons plus forts et pourrons amener la transition dont nous avons besoin. 

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