07/04/11

Découvrez concrètement le travail de nos partenaires dans le Sud

En 2010, nous avons organisé un exercice d'évaluation avec nos partenaires appelé la technique du changement le plus significatif. Il s'agit d'un nouvel instrument d'évaluation participative qui apprend beaucoup sur les luttes de nos partenaires et les résultats que ces luttes impliquent. Ces histoires ont été rassemblées dans une brochure.
Demandez aux gens de vous raconter leur histoire et vous apprendrez une multitude de choses qui ne peuvent pas être saisies dans des indicateurs

Je vais vous raconter une anecdote concernant le suivi et l’évaluation que je n’oublierai jamais. Il y a quelques années, je représentais des ONG belges aux Philippines. Un jour, je me suis retrouvé sur l’île de Samar à faire des heures supplémentaires avec notre organisation partenaire locale afin de trouver des indicateurs pour notre cadre logique. Cela nous a pris un temps fou pour trouver un indicateur de la pauvreté parmi les paysans démunis avec qui nous travaillions. J’avais déjà essayé tous les indicateurs que je connaissais grâce aux formations et aux manuels, mais aucun ne semblait applicable selon la directrice de notre partenaire local.

Alors que je commençais presque à perdre patience, je lui ai finalement demandé de me parler de ce projet réussi qu’elle avait déjà mentionné pendant la pause. Comment savait-elle que l’organisation avait été capable d’améliorer la vie des pauvres ? Elle a immédiatement commencé à me raconter avec enthousiasme leur dernière visite au village et les nombreux changements constatés dans le comportement et les conditions de vie de la population locale. Un des changements les plus frappants était que presque tout le monde utilisait désormais du sucre et de l’huile de cuisson.

J’avais trouvé mon indicateur. Et j’en ai tiré une leçon : demandez aux gens de vous raconter leur histoire et vous apprendrez une multitude de choses qui ne peuvent pas être saisies dans des indicateurs. C’était probablement ma première rencontre avec la technique du changement le plus significatif, bien avant que je n’en entende parler.

À la même période, j’ai rencontré un consultant en développement qui revenait d’une visite de terrain dans le cadre d’un projet d’évaluation ambitieux commandité par le gouvernement belge. Il m’a dit : « Vous autres, vous savez ce que signifie la responsabilisation ». J’étais bien évidemment flatté, mais aussi intrigué. Comment en était-il arrivé à cette conclusion ? Il m’a expliqué qu’il avait interrogé des agriculteurs aux Philippines et que la plupart d’entre eux s’étaient montré très timides et hésitants lorsqu’ils répondaient à ses questions. « Lorsque j’ai interrogé les porte-parole des agriculteurs dans les zones de projet de votre partenaire », m’a-t-il dit, « ils se sont mis debout avant de répondre à mes questions, puis ils m’ont regardé dans les yeux tout en me racontant ce qui leur tenait à cœur ».

Cette remarque n’a jamais été mentionnée dans le rapport final du consultant mais maintenant que je repense à nos premières expériences avec la technique du changement le plus significatif, cette anecdote me semble très pertinente. Ce genre d’histoires et d’anecdotes est souvent révélateur des préoccupations essentielles dans notre travail : la responsabilisation, la santé, le bien-être, les droits, etc. Pourtant, elles apparaissent rarement dans nos rapports officiels.

C’est par frustration que nous avons décidé d’expérimenter la technique du changement le plus significatif. Au cours des dernières années, nous nous sommes péniblement efforcés de choisir des techniques de gestion basées sur les résultats, mais la plupart du temps nous avions le sentiment désagréable qu’il manquait un élément. Nous n’écoutions presque plus les histoires des populations alors qu’elles sont une mine d’informations de qualité sur ce qui compte le plus pour les gens, et par conséquent pour nous.

Lorsque nous avons entendu parler de la technique du changement le plus significatif, nous avons pensé qu’elle pourrait nous apporter une réponse et nous avons souhaité l’essayer. Nous avons recueilli et sélectionné des histoires, avec l’aide de nos partenaires aux Philippines, en Palestine, en République démocratique du Congo et en Amérique latine. Chose intéressante, dans chacun de ces pays, le processus a été assez différent. Aux Philippines, un employé de notre bureau local a travaillé en étroite collaboration avec Gabriela, une de nos organisations partenaires, afin d’essayer la technique du CPS avec une section régionale de Gabriela. En Palestine, ce fut une expérience personnelle car nous avons recueilli et choisi les histoires nous-mêmes, avec l’aide des dirigeants des jeunes à Jérusalem-Est. En République démocratique du Congo, trois internes ont travaillé avec le partenaire local afin de recueillir les histoires, tandis qu’en Amérique latine, un consultant local a aidé l’organisation partenaire locale.

Nous considérons la diversité de la méthodologie comme une force, non comme une faiblesse. Sur une très courte période, elle nous a fourni énormément d’expériences dont tirer des leçons. Nous souhaitons partager ces expériences, les bonnes comme les mauvaises, avec un public plus vaste impliqué dans ce genre d’activités, en espérant qu’il pourra ainsi améliorer son travail au service de la santé et du développement des personnes.
 

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