04/01/10

Défendre les droits des travailleurs en RDC n’est pas chose facile

Dans les quartiers populaires de Lubumbashi, notre partenaire Usahidizi organise et forme la population via des comités de santé afin de lutter ensemble pour de meilleures conditions de vie.

Les travailleurs doivent souvent faire face à ces conditions de travail dangereuses et malsaines. Bien que la santé soit un thème important pour les syndicats, la formation fait défaut. Le lien avec Usahidizi est alors rapidement établi.

La coopération récente entre le Syndicat chrétien des travailleurs du Congo (SCTC) et notre partenaire Usahidizi offre de bonnes perspectives. Une organisation jeune telle qu'Usahidizi peut apprendre grâce à l’expérience du syndicat à s’occuper de l’organisation des personnes, tandis que le SCTC se renforce en tant que syndicat en mettant à l’agenda, également dans les entreprises, la lutte pour le droit à la santé.

Alex Kyungu est le secrétaire général du SCTC, un syndicat qui s’adresse entre autres aux travailleurs du secteur minier (Gécamines), du secteur du transport et celui de la construction. Dans une interview approfondie (partie 1, partie 2), il explique l’histoire du syndicalisme en RDC, depuis la période sous Mobutu, où il n’y était presque pas question de syndicalisme, jusqu’à nos jours, où un surnombre de syndicats (plus de 400) complique singulièrement le combat.

Alex raconte les difficultés politiques dans son pays où des instances internationales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) mettent le gouvernement sous pression financièrement en l’obligeant à prendre des mesures asociales. « Les véritables dirigeants au Congo sont les multinationales et les instances financières internationales », nous fait-il remarquer. « Ils tiennent le pays dans un étau à cause de la dette qui s’élève à 12 millions de dollars. Chaque mois, l’Etat doit rembourser 50 millions de dollars. Nous sommes constamment confrontés à cette problématique quand nous voulons lancer un programme national. Dans la pratique, notre liberté est très limitée : lorsque nous négocions avec la direction de la Gécamines, nous avons indirectement à faire avec les multinationales, le FMI et la Banque mondiale. Ils posent leurs conditions au gouvernement. Le gouvernement peut normalement interférer dans la gestion d’entreprises telles que la Gécamines, mais en réalité ce sont les multinationales, le FMI et la Banque mondiale qui tirent les ficelles et agissent pour leurs propres intérêts».
Il s’agit donc de bien faire attention au choix de ses collaborateurs, tant dans son propre gouvernement qu'au niveau international.

Le plus grand ennemi des syndicats c’est la Banque mondiale qui exerce continuellement une pression sur le gouvernement afin de détruire le peu d’avantages sociaux obtenus pour les travailleurs. « Nous sommes donc continuellement en guerre avec eux. La Banque mondiale veut rendre les entreprises attrayantes aux fins de privatisation et pour en rendre la direction plus ‘efficace’. A cette fin, elle oblige les autorités congolaises à bafouer les lois sociales nationales. Les instances financières aiment à se profiler comme ‘donatrices’, mais en fait elles laissent s’échapper nos matières premières et nos richesses hors du pays ».

Alex illustre son analyse avec la résistance syndicale contre la suppression des soins médicaux et de l'aide scolaire pour les enfants des travailleurs.

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