29/07/14

Dans son agenda en matière de développement, l'Europe subordonne la santé aux intérêts des entreprises

Dans les pays en développement, l'Europe poursuit un agenda de privatisation des services, quitte à accroître les inégalités en matière d'accès aux soins de santé. En outre, elle promeut une régulation minimum pour les multinationales, ce qui produit des effets néfastes sur la santé et l'environnement. Au lieu d'orienter la politique en faveur de puissants intérêts commerciaux, la coopération au développement européenne devrait mettre la priorité sur la santé publique et l'environnement.
Les puissantes sociétés exercent une influence sur la réglementation publique par tous les canaux disponibles.

L'Europe promeut la privatisation dans les pays en développement

L' « Agenda pour le Changement » (Agenda for Change) de la direction générale (DG) de la Commission européenne pour le développement et la coopération stipule que « l'Union européenne doit se diriger vers des partenariats avec le secteur privé, avec en ligne de mire la fourniture de services ». Dans un récent communiqué de presse, Andris Piebalgs, Commissaire européen au Développement, confirme que la Commission va promouvoir des partenariats avec des entreprises pour « la fourniture de services de base, comme l'énergie, l'eau, les soins de santé et l'enseignement ». La Commission européenne va créer un climat entrepreneurial favorable dans les pays en développement et également ouvrir les secteurs des services aux investissements privés.

Les entreprises commerciales n'ont par définition aucune obligation morale. La réalisation d'un profit pour les actionnaires, qui veulent voir fructifier leur investissement, constitue la caractéristique spécifique d'une firme. Marijn Dekkers, CEO de la firme pharmaceutique Bayer, a dit concernant le médicament contre le cancer Nexavar: « Soyons honnêtes, nous n'avons pas développé ce produit pour le marché [pauvre] indien, mais pour les Occidentaux qui peuvent se le permettre ». Aux Philippines, les mouvements sociaux protestent contre la sous-traitance des soins de santé aux secteur commercial, car celui-ci met les pauvres en danger en leur refusant l'accès à l'aide de première nécessité.

Des règles contraignantes aussi peu que possible

La Commission européenne encourage la « Responsabilité sociale des entreprises », ce qui signifie qu'elle demande aux entreprises de se conduire spontanément de manière responsable et éthique. Des entreprises peuvent toutefois avoir des objectifs supplémentaires, par exemple écologiques, mais ceux-ci sont secondaires par rapport aux marges bénéficiaires.

A côté de cela, on déplore d'innombrables exemples d'impact négatif sur la santé et l'environnement dus à des multinationales insufisamment contrôlées. The Lancet a décrit comment, le 20 août 2006 en Côte d'Ivoire, 107.000 personnes sont tombées malades et 15 sont mortes à cause de déchets toxiques déversés sur 18 sites autour d'Abidjan. Ces déchets provenaient de la firme européenne Trafigura, qui en avait sous-traité le traitement à une firme ivoirienne peu fiable, mais bon marché.

Conflits d'interêts

La politique européenne est étroitement liée à de puissants intérêts commerciaux.Les entreprises ont en effet bâti un pouvoir économique considérable. Le nombre d'entreprises transnationales a explosé en l'espace de 30 ans, passant de 7.000 à 53.600 en 1998. Par le jeu des fusions et acquisitions, les entreprises transnationales sont toujours plus grandes et plus puissantes.  Aujourd'hui, 200 entreprises multinationales détiennent ensemble plus que 182 Etats englobant 80% de la population mondiale. L'industrie pharmaceutique, l'une des plus puissantes, pesait 752 milliards de dollars en 2009, soit davantage que le Produit Intérieur Brut de certains pays. Les 500 plus grosses multinationales englobent 70% du commerce international.

Grâce aux moyens dont disposent les entreprises transnationales, elles ont également pu se constituer une puissance politique considérable. Le processus politique est influencé afin de protéger des intérêts commerciaux au niveau local, national et supranational. En voici un exemple: les efforts de lobbying notamment de la Fondation Gates et la Fondation Buffet (deux magnats des affaires amis) pour que le médicament Misoprostol soit ajouté à la liste des médicaments essentiels de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), malgré l'affirmation que cette liste se base sur la science et non sur l'influence politique et sociale. La Commission européenne est secondée dans la conception de nouveaux projets de loi par des groupes d'experts, couramment composés de représentants d'entreprises. D'anciens Commissaires et Parlementaires européens entament fréquemment après leur carrière politique une carrière de lobbyiste dans l'industrie commerciale, ou vice versa. Les entreprises ont également les capacités de recruter les plus brillants cerveaux de la recherche scientifique pour cautionner leurs objectifs.

Alors, que doit faire l'Europe?

La politique de coopération européenne place les intérêts commerciaux avant, mais faire de la santé publique une priorité. La santé est un droit de l'homme fondamental. Le développement économique devrait seulement être un moyen pour permettre d'atteindre un développement humain. Dès qu'il existe un risque que les activités des entreprises endommages la santé publique ou l'environnement, l'argument du gain économique devient hors de propos. Nous ne pouvons pas attendre des entreprises qu'elles se comportent spontanément de façon responsable. Moins encore lorsqu'il s'agit de fournir des services publics qui doivent répondre aux besoins de base de la population. A la place de mettre en avant la privatisation des services publics, la coopération au développement européenne devrait plutôt soutenir l'élargissement soins de santé publique de base dans les pays en voie de développement. A côté de ça, l'Europe devrait soutenir une régulation contraignante au niveau international pour les multinationales.

Photo: Corporate Europe Observatory

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