15/10/15

Des conventions dignes d’une soupe aux lettres : l'UE marchande notre santé

Cette semaine, des manifestants d'Espagne, de Grèce, de Roumanie et d'Allemagne se rejoignent à Bruxelles. Accompagnés de citoyens, de membres d'ONG et de syndicats, d'agriculteurs et bien d'autres encore, ils descendront dans les rues pour dénoncer une série d'accords de libre-échange qui se sont négociés ou se négocient encore à huis clos.
Il existe une contradiction intrinsèque entre la logique commerciale de gain et l'idée sous-jacente aux services publics.

Maintenant que l'un d'entre eux, le Partenariat trans-pacifique, a été voté, le traitement des dossiers en suspens connaît également un coup d'accélérateur. Parmi ceux-ci, le très attendu pacte commercial entre l'UE et les USA, le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP). M3M tire la sonnette d'alarme. Alors que la politique internationale se laisse enivrer par les nouveaux objectifs de développement durable, une série d'accords de libre-échange qui ne laissent aucune chance à ces ambitions se négocient en coulisses depuis des années. Il s'agit des fameuses conventions dignes d'une soupe aux lettres : le TTIP, le TISA et le CETA. Ces accords commerciaux visent notamment à poursuivre la dérégularisation et la libéralisation des biens et services publics, parmi lesquels les soins de santé.

Les mouvements sociaux protestent, estimant que l'UE marchande ainsi notre santé en soumettant le système de soins de santé public aux règles du jeu déloyales du commerce international. Arrondir les angles de conventions de ce type ne résout rien. Il existe une contradiction intrinsèque entre la logique commerciale de gain et l'idée sous-jacente aux services publics. Les services publics sont mal placés pour entrer en concurrence vu qu'ils ont pour mission d'apporter des soins à tout un chacun indépendamment de sa situation financière. Les personnes dont les besoins sont élevés sont aussi, voire surtout, des personnes qui ont un faible pouvoir d'achat. Les services commerciaux se concentrent en revanche sur les gens qui peuvent se le permettre : vous en avez pour votre argent. Ces établissements doivent donc vendre pour survivre : mais alors quel avantage offre la prévention, par exemple ?

Le plus grand risque inhérent à la commercialisation des soins de santé est la création d'un système de soins de santé à deux vitesses. A savoir des soins de santé spécialisés, individualisés et appuyés par une technologie de pointe pour ceux qui peuvent se le permettre, et des soins de santé publics, basiques, pour les moins nantis. Voilà qui donne lieu à des inégalités en matière de santé publique, alors que tout le monde a droit à une bonne santé, indépendamment de son statut ou de son origine. Il ne s'agit pas là d'une exigence fantasque, mais bien d'un droit de l'homme universel.

Malheureusement, on ne pourra plus en dire autant en cas de commercialisation extrême. Notre santé est notamment influencée par toute une série de facteurs comme l'alimentation, les conditions de travail et l'environnement. Les accords de libre-échange ont pour but d'éliminer les barrières qui freinent le commerce et d'harmoniser les normes de produit. Bien sûr, les normes sanitaires peuvent entrer en conflit avec les intérêts commerciaux. Le risque est donc que les intérêts commerciaux fassent pression sur les normes sanitaires. Lorsqu'on sait de quoi les grands lobbies industriels sont capables de faire dans les coulisses des négociations du TTIP, on ne peut qu'en déduire que l'« harmonisation » des normes de produits entre les USA et l'UE n'apportera pas grand-chose de positif.

Indignés par le scandale de la tricherie de Volkswagen ? Après le TTIP, les rôles sont inversés et l'industrie automobile tire les ficelles. Grâce à un tribunal international des investissements, des entreprises peuvent poursuivre les autorités si certaines réglementations - en ce compris des normes environnementales et sanitaires -, menacent leur chiffre d'affaire. La CE prêche peut être aujourd'hui la passion verte,mais elle contribue aussi activement à l'affaiblissement des normes qu'elle prétend si ardemment protéger. De plus, le manque de transparence empêche l'opinion publique d'avoir voix au chapitre, ce qui est insensé pour une convention d'un tel impact.

Pour Hillary Clinton, cet accord est un prometteur « OTAN économique » ; pour les opposants en revanche, c'est un cheval de Troie. Il y a du vrai dans les deux perceptions. A l'image de l'OTAN, un groupe de négociateurs sélectionnés sur le volet aura l'occasion de déterminer les règles du jeu au niveau mondial. Néanmoins, les avantages éventuels n'en sont pas encore connus. Voulons-nous réellement prendre de tels risques ?

Si l'envergure de cet accord est inédite, celle de la protestation qu'il suscite l'est tout autant. A plusieurs reprises déjà,différentes organisations sanitaires ont exprimé leur indignation face à ces accords de libre-échange, à la grande indifférence des négociateurs. Toutefois, l'opinion publique ne se résigne pas. Plus de 3 millions d'Européens ont signé la pétition contre le TTIP. Des milliers de personnes participent actuellement à des marches contre les accords de libre-échange dans plusieurs villes européennes.

Rien que du point de vue sanitaire, il existe suffisamment de raisons de rejeter le TTIP, le TISA, le CETA ou tout autre acronyme qui fait passer les intérêts commerciaux avant les intérêts sanitaires. Joignez-vous à nous !

Vous trouverez le programme complet des trois jours de mobilisation ICI
Ce carte blanche se trouve aussi sur le site de MO.

7644 views