06/11/08

Des nouvelles de notre partenaire en Amérique latine

Le 17 octobre 2008 avait lieu à Bruxelles la commémoration du 30ème anniversaire de la déclaration d'Alma Ata à laquelle participait Arturo Quizhpe Peralta.

Le 17 octobre 2008 avait lieu à Bruxelles la commémoration du 30ème anniversaire de la déclaration d'Alma Ata à laquelle participait Arturo Quizhpe Peralta. L'homme est directeur de la Faculté des Sciences médicales de l'Université de Cuenca (Equateur). Il est aussi membre du Mouvement pour la Santé des Peuples en Amérique latine (MSP-LA). Ce réseau d'associations est le nouveau partenaire d'intal Outre-Atlantique.
 

Combien de pays sont-ils déjà membres du MSP-LA et combien d'entre eux sont-ils latino-américains?

Lors de la 2ème Assemblée Mondiale pour la Santé des Peuples, nous avons reçu des délégués de 85 pays, ainsi que des militants de 105 pays. Aujourd'hui, près de 45 d'entre eux font partie du MSP-LA, 15 sont représentés par des groupes de militants dans des pays d'Amérique Centrale et d'Amérique du Sud, comme le Nicaragua, le Guatemala, la République Dominicaine, le Salvador, le Brésil, le Pérou, la Bolivie, l'Argentine ou encore l'Equateur.

Combien de membres forment le mouvement en Equateur?

Actuellement, le Front National pour la Santé des Peuples est présent dans 15 provinces du pays. Ce groupe est structuré par des coordinations et des organisations populaires de paysans, d'étudiants, de travailleurs et d'instituteurs. Pendant le 1er congrès, nous avons accueilli environ 500 représentants des différentes organisations, dont des militants politiques, des syndicalistes, des académiciens, des chercheurs et des paysans.

Quels sont les résultats obtenus jusqu'à maintenant en Amérique Latine?

La lutte a commencé il y a quelques années, lorsque nous avons tenté de définir le concept de santé. L'un des grands résultats des mouvements sociaux est d'avoir fait de la santé un droit. La santé relève de la responsabilité de l'Etat et elle est subordonnée à d'autres droits, comme le fait de pouvoir exercer son métier dans des conditions décentes et de vivre dans un environnement sain. Il s'agit là d'exigences fondamentales qui doivent être développées de manière optimale.

La lutte a eu lieu dans différents secteurs. Nous avons proposé des alternatives au modèle libéral. Lutter pour la santé signifie lutter pour l'égalité des sociétés, des hommes. En la matière, beaucoup de travail reste à accomplir pour remédier à l'injustice.

En Equateur par exemple, la santé mentale n'était pas reconnue comme un droit. Donc, pour le ministère de la Santé, les problèmes d'assuétude par exemple relevaient du secteur privé. Depuis septembre 2008, la santé mentale est devenue un problème de santé publique. Pour nous, l'étape suivante consiste à obtenir le respect de la constitution grâce à la mobilisation des populations.

Quels sont les projets pour ces prochaines années ?

Le défi primordial pour le mouvement et pour les mouvements en général est de continuer la lutte pour corriger les causes de détérioration de la santé. Il faut pour ce faire améliorer l'emploi, avoir de meilleurs les salaires, combattre pour préserver notre liberté...

Pour obtenir que les services de santé soient de qualité, gratuits et accessibles à tous, il faut passer à l'action en mobilisant les populations, en développant des campagnes pour le droit à la santé, en organisant des ateliers et des rencontres, comme nous l'avons fait durant notre Université de la santé. Nous l'avons aussi fait à Porto Alegre et nous le referons prochainement en Colombie, en mars 2009. Au niveau international, nous sommes impliqués dans l'organisation de la 3ème Assemblée Mondiale pour la Santé des Peuples qui aura lieu certainement en Afrique du Sud, en 2010.

Pouvez-vous nous parler du rôle du MSP dans le projet de mobilisation pour freiner l'exploitation de mines en Equateur ?

Les mines couvrent 25% de la superficie du pays. Le MSP-LA a joué un grand rôle dans la constitution d'une plate-forme visant à rassembler toutes les communautés victimes de l'exploitation minière et des dommages qu'elle cause à leur environnement. Dans la foulée, le "Mouvement pour la souveraineté et la dignité nationale" est né. Les femmes s'y sont fortement impliquées. Elles sont extrêmement combatives. Il faut dire qu'elles sont particulièrement sensibles aux dégâts causés par les multinationales minières à l'eau des fleuves, à la terre. Parce qu'elles donnent la vie, elles s'identifient à la terre (la pacha mama) et cherchent à la protéger. Elles donnent une grande force éthique et morale à notre mouvement.

Quelle a été la réaction des entreprises responsables face à la mobilisation ?

Beaucoup de multinationales minières sont canadiennes. Elles utilisent des moyens de persuasion tels que la propagande et diffusent l'idée que leur activité peut être responsable et écologique. Elles offrent de petits dons aux communautés, ce qui à terme les divisent. Elles construisent des terrains de football, des écoles et des routes, mais ces aménagements leur permettent avant tout de s'approprier nos richesses. De son côté, l'Etat utilise la répression. Les militaires et la police persécutent les communautés qui s'organisent et se mobilisent pour s'opposer à la rapacité des sociétés étrangères .

En conclusion, Arturo m'a expliqué que le but fondamental du MSP-LA est de lutter pour que les hommes puissent jouir d'une vie digne. Ce travail est essentiel, car « vivre n'est pas survivre ». Si aujourd'hui, beaucoup de personnes ne font qu'exister, c'est qu'elles ne sont pas considérées avec dignité.

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