13/12/12

Difficile après-guerre à Goma

Malgré le retrait du M23, l'insécurité est toujours présente à Goma.

Après le retrait du M23, le mouvement rebelle soutenu par l'Ouganda et des forces rwandaises, Goma a du mal à retrouver sa normalité. L'antenne locale d'Étoile du Sud, partenaire d'intal et Médecine pour le Tiers Monde (M3M), décrit comment l'insécurité règne toujours en maître. L'électricité et l'eau tardent à revenir. En réaction, la population s'organise pour sa sécurité et sa survie.

L'insécurité perdure

Le M23 s'est bien officiellement retiré, mais la population pense que certains de ses membres sont encore en ville. Les habitants des quartiers périphériques racontent avoir vu des affiliés du M23 se promener vers Majengo, au nord-est de la ville. La radio locale Kivu1 a fait état de l’arrestation de certains d’entre eux par la police. Dans les quartiers périphériques, les habitants s’enferment dans leurs maisons le soir à partir de 18h30. A partir de 20h, la circulation s’arrête même dans les zones les plus peuplées de la ville. S’aventurer dehors après cette heure signifie risquer sa vie. Des balles perdues, des pillages, des viols et même des assassinats restent une réalité. Difficile de dire qui est responsable de cette insécurité car la nuit tant des éléments du M23 que des bandits armés peuvent entrer dans la ville sans difficulté.

La situation humanitaire

La situation humanitaire reste extrêmement précaire. Les magasins, coopératives et banques n’ont pas encore complètement rouverts leurs portes. Le manque de monnaie et de vivres persistent donc. Les prix montent et plusieurs familles ne survivent que grâce à la solidarité des autres. L’eau et le courant ne sont revenus que dans certains quartiers de la ville. A certains endroits, il faut parcourir plus de 3km pour avoir de l’eau ou carrément se diriger vers le lac où les enfants courent le risque de se noyer.

Plusieurs familles sans boulot vivent « au taux du jour », comme on dit à Goma. Dans cette période critique, de nombreux adultes font de l’hypertension et développent des gastrites, pendant que les enfants souffrent de diarrhée, mais les ménages n’ont tout simplement pas les moyens de payer la consultation chez le médecin, les examens de laboratoire ou les soins de santé. Le tissu économique et social a été détruit par les pillages et la guerre. Il faudra encore environ 6 mois pour que les choses redeviennent normales. Même les écoles hésitent encore à rouvrir leurs portes car les parents et les enseignants ont peur.

La solidarité en réponse

Cette période difficile illustre bien l'importance de la solidarité. Sans elle, de nombreuses familles risquent de mourir de faim. Avec le réseau CODIC et d'autres organisations, l'antenne locale d'Étoile du Sud essaie d'organiser la population en faveur du droit à la santé. Les comités de santé locaux y contribuent concrètement. Ne sachant plus à quelle autorité se confier, la population organise maintenant elle-même des patrouilles nocturnes dans certains coins de la ville. Sa santé passe évidemment aussi par sa sécurité. Face à la destruction et l'absence d'autorité, il est encourageant de voir que la population décide de prendre son bien-être en main.

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