20/08/12

Ecologie et Economie: le lien?

Notre système capitaliste est le premier responsable de la crise environnementale actuelle

Beaucoup tentent de trouver les causes de la crise écologique mais selon le partenaire de M3M, Ibon, un centre de recherche philippin respecté, nous ne nous penchons pas sur le bon problème. Selon Ibon, c'est le système économique en place qui est à l'origine de la crise écologique, économique et sociale que nous connaissons actuellement et il est inutile de s'attaquer à d'autres problèmes si on ne change pas avant tout notre système actuel. M3M vous offre un aperçu de leur opinion.

Fausses causes, fausses solutions

 IBON note que deux fausses causes et une fausse solution sont souvent invoquées dans le débat autour de la crise écologique. Il s'agit respectivement de la surpopulation et le développement industriel moderne comme « causes » et la « solution » du capitalisme vert.
 

La surpopulation

 
Beaucoup entretiennent l'idée selon laquelle la surpopulation, surtout dans les pays du Sud, est l'une des causes principales des désastres écologiques et qu'elle doit donc être contrôlée afin de réduire l'impact de l'Homme sur l'environnement. Il est évidemment vrai que plus il y a d'êtres humains sur cette planète, plus de ressources devront être requises pour satisfaire les besoins de ces individus et moins la planète aura facile à absorber les déchets devenus plus nombreux dus à l'augmentation de la population.
 
Pourtant, le contrôle de la population n'est pas une solution au changement climatique. Le problème tient du fait que les économies riches du Nord ont une responsabilité bien plus grande par rapport aux problèmes environnementaux que les pays pauvres du Sud et ce étant donné leur consommation et le gaspillage de production engendré par chaque habitant. Le problème ne réside donc pas dans la surpopulation mais bien dans notre système de production destructeur qui est sans cesse à la recherche de profit. En effet, la société de consommation, principalement présente dans les pays du Nord, pousse les habitants à consommer bien au delà de leurs besoins essentiels. Par exemple, alors que la population américaine est largement inférieure à celle de la Chine, la consommation par habitant est bien plus importante que celle des habitants chinois. La taille de la population n'est donc pas le facteur principal.
 
Tant que le système capitaliste restera en place, réduire la population ne sera donc pas suffisant pour contrer les problèmes environnementaux. Il faut s'attaquer au cœur de notre système économique et financier et en changer sa structure.
 

Le développement industriel moderne

 
Il est faux de dire que la croissance économique et industrielle est la cause de la crise écologique et que les sociétés doivent donc se désindustrialiser, retourner à des productions de petites échelles et mettre un terme à leur croissance.
 
Bien entendu, la production industrielle a des conséquences négatives sur l'environnement comme par exemple, la combustion d'énergies brunes, l'extraction des ressources naturelles etc. Cependant, c'est l'abus de la production industrielle par le capitalisme et l'impérialisme qui détruit notre environnement et non les méthodes industrielles rationnelles en soi. La recherche constante du profit et de l'accumulation, accentuée par la concurrence et le monopole, pousse les capitalistes à sans cesse accélérer et étendre leur production, en réduisant leur couts, même si cela implique davantage de pollution industrielle et de déchets, l'exploitation des ressources naturelles, la surconsommation et éventuellement le surchauffement de l'économie qui pourrait provoquer son effondrement.
 
Si nous étions dans un contexte de réel développement durable et de propriétés basées sur des principes plus démocratiques, la société pourrait mettre en place une production industrielle plus écologique et qui pourrait bénéficier à tous.
 

L'économie verte

 
Enfin, c'est une erreur de croire que le capitalisme peut devenir soutenable grâce à ses marchés, les droits de propriété, la régulation, les investissements publics et les avancements technologiques.
 
Actuellement, trois approches ont été trouvées pour atteindre une économie verte. La première approche pourrait se nommer comme l'environnementalisme de libre marché. Il se concentre sur les mécanismes de marché et les droits de propriété privée. Il voit les problèmes environnementaux comme le résultat de la tragédie des biens communs : comme beaucoup de ressources naturelles sont publiques et libres d'usage par tous les membres de la communauté, il n'y a pas de motivation à les protéger ni à les utiliser avec plus de précautions. La solution serait donc d'établir des droits de propriété sur les ressources naturelles et de laisser le marché déterminer les prix. En bref, celui qui a besoin de quelque chose devra alors être prêt à mettre le prix.
 
La deuxième approche est le Keynésianisme vert ou la relance économique par la croissance verte. Il se concentre sur les investissements des gouvernements dans des infrastructures environnementalement propres et dans les énergies renouvelables sans pour autant éliminer toutes les industries utilisant des énergies « brunes ». Cela permettrait donc de sortir de la crise de 2008-2009 en créant de nouvelles entreprises vertes avec de nouvelles technologies et davantage d'emplois verts.
 
Enfin, l'optimisme technologique voit les avancées technologiques comme si elles allaient comme par magie surmonter les limites environnementales et leurs problèmes. Elle pense que les avancées technologiques vont, par exemple, progressivement diminuer la consommation en énergie et en ressources naturelles de l'économie.
 
Le principal problème de ces approches c'est qu'elles tentent d'éloigner la recherche du profit des technologies brunes et des entreprises et de la rediriger vers des technologies et industries vertes plus acceptables. Elles comptent donc, à nouveau, sur le profit pour redessiner le capitalisme en une économie verte au lieu de s'adresser directement à la source centrale du problème qui est précisément la recherche du profit et les inégalités sociales qu'il engendre et aggrave. C'est bien la structure de notre système basé sur une logique d'accumulation de profit poussée à l'extrême qui est la cause de nos problèmes environnementaux. Déplacer cette logique vers une activité plus « verte » ne changera donc rien. Il faut s'attaquer au cœur du problème si l'on veut vivre dans un monde plus juste et respectueux de l'environnement.
 
Ainsi tant que le système restera ancré dans un schéma de perpétuelle croissance, il mènera inexorablement à une exploitation des ressources, à une dégradation de l'environnement, à des inégalités sociales et à des crises.

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