27/12/12

Equateur: L'activisme social sous pression

Après avoir commencé une grève de la faim, sept activistes sociaux ont été finalement libérés le 21 décembre en Équateur.

Malgré les avancées sociales, le Movimiento para la Salud de los Pueblos (MSP-LA), partenaire de M3M, regrette que le gouvernement criminalise des mouvements sociaux pourtant indispensables aux renforcement du processus de démocratisation.

Après avoir commencé une grève de la faim, sept des dix activistes sociaux ont été finalement libérés le 21 décembre en Équateur. Les 3 femmes attendent quant à elles toujours la fin de leur procès. Malgré les claires avancées sociales dans le pays, une plus grande indépendance politique vis-à-vis des États-Unis et une volonté d'intégration régionale de la part du président Rafael Correa, le Movimiento para la Salud de los Pueblos (MSP-LA), partenaire de M3M, regrette que le gouvernement criminalise des mouvements sociaux pourtant indispensables aux renforcement du processus de démocratisation.

La criminalisation des mouvements sociaux

« Mon fils était dentiste et soignait les pauvres de notre ville gratuitement. Il soutenait notre famille pour qu'on puisse payer nos factures mensuelles, mais maintenant tout cela est perdu,» a affirmé Rosa Romero Alvarez, mère de Royce Gomez. Royce Gomez est un des sept jeunes activistes sociaux libérés le 21 décembre, après avoir été accusé de terrorisme et avoir passé neuf mois en prison. Un des avocats des accusés a soulevé un problème fondamental: « La loi pénale sur le terrorisme en Equateur est très générale et large, ce qui signifie que quelqu'un peut facilement être détenu pendant longtemps

Lors de la « Marche des Peuples pour l'Eau, la Vie et la Dignité » en mars 2012, dix activistes ont été arrêtés. On les accusait de « crimes variés » contre l'État sans pour autant définir ces crimes de manière spécifique. Selon des organisations de droits humains, à peu près 200 personnes dans le pays sont accusées de « terrorisme » alors que le gouvernement a déclaré, à plusieurs reprises, qu'il n'y avait pas d'organisations terroristes sur le sol équatorien.

Les activistes ciblés sont souvent impliqués dans des luttes contre l'exploitation minière et pétrolière à grande échelle. Ils dénoncent que ces exploitations portent préjudice aux populations indigènes et aux paysans. Selon eux, de plus en plus de multinationales sont présentes sur le sol équatorien et acquièrent des droits aux dépens du peuple équatorien. Correa prétend que l'exploitation minière offre de nouveaux emplois, mais en même temps un extractivisme peu réfléchi pollue les sols et l'eau potable entrainant de graves problèmes de santé pour les populations des régions concernées. Les populations indigènes se voient chassées par les multinationales ou doivent se déplacer à cause de la destruction de leur environnement provoquée par les activités extractives.

Des avancées sociales réelles

Cette criminalisation peut paraître contradictoire parce que, lors de sa première élection en 2006, Correa avait été fortement appuyé par ces activistes de gauche et indigènes qui le voyaient comme une alternative progressiste à une série d'anciens présidents pro-américains. Après son élection, le président a bien tenu certaines de ses promesses.

L'Équateur fait actuellement partie de l'ALBA, projet économique et politique dont l'objectif prioritaire est la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Le développement économique est dès lors centré sur la souveraineté des pays latino-américains et le renforcement des États. Contrairement à ce qui est le cas des traités de libre-échange, l'ALBA promeut une intégration basée sur la coopération et la solidarité dont le but est d'aider les pays-membres à surpasser leurs désavantages économiques et sociaux. Le président Correa refuse d'ailleurs toujours de négocier des traités de libre-échange avec les États-Unis et l'Union Européenne (UE) qui ne serviraient que les intérêts de ces blocs économiques et d'une petite élite équatorienne.

Correa a également apporté des améliorations sociales en augmentant les dépenses gouvernementales dans le domaine de la santé et de l'éducation. L'école est gratuite et obligatoire, tout le monde peut se rendre gratuitement à un centre de soins de santé (Subcentro de salud) et une indemnité de chômage de 35 dollars est octroyée chaque mois à plus ou moins 1,2 millions d'Équatoriens. Même ses opposants reconnaissent que la pauvreté a diminué dans le pays. Il a évincé une base américaine qui était sur le territoire équatorien et avec la nouvelle Constitution équatorienne de 2008, il a donné une reconnaissance légale aux préoccupations des peuples indigènes pour la protection de l'environnement.

Des mouvements sociaux pour une meilleure démocratie

La lutte sociale pourrait contribuer à l'approfondissement de ces acquis, à une meilleure démocratie et une indépendance réelle de l'Équateur. La vivacité des mouvements sociaux, qui continuent de s'organiser et de faire entendre leur voix, dans le pays est incontestable. A Río Grande, les communautés défendent une des zones les plus fertiles de Manabí. A Kimsacocha, Íntag, Zamora, Nabón, Las Naves, Molleturo, la Cordillera del Cóndor, les communautés se mobilisent pour défendre l'eau et les sols menacés par l'exploitation minière. Les indigènes défendent l'eau aux quatre coins du pays, et réclament le respect de la Constitution selon laquelle les sources privatisées doivent être restituées au peuple.

Cette lutte s'avère d'ailleurs parfois victorieuse. Par exemple, en janvier 2012, la justice équatorienne a confirmé la sentence émise un an plus tôt : la compagnie pétrolière Chevron-Texaco est jugée coupable d'avoir lancé des millions de tonnes de matières toxiques dans la jungle amazonienne. Elle devra payer une facture de 19,2 milliers de millions de dollars, le montant le plus élevé dans l'histoire des indemnités judiciaires. Un tel résultat n'aurait jamais été possible sans la lutte de la « Asamblea de los Afectados por lo Texaco » regroupant quelques 30 000 indigènes. L' argent servira principalement à réparer les dégâts environnementaux et à améliorer le développement de la région grâce à la construction d'hôpitaux, d'écoles, et l'approvisionnement en eau potable. Le président Correa a ensuite utilisé ce jugement pour demander que les pays-membres de l'Union des Nations latino-américaines (UNASUR) s'unissent contre Chevron.

 

Photo by Rainforest Action Network, Flickr, CC BY-NC 2.0

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