18/03/14

Extraction de sable noir : une menace pour la santé populaire et la sécurité alimentaire

La prolifération d’exploitations de sable noir dans une région qui se trouve sur les terres ancestrales des Aetas (un peuple indigène) dans la province de Zambales constitue une grave menace pour la santé populaire et la sécurité alimentaire.
L’extraction de sable noir altère la sécurité alimentaire des Aetas tout en détruisant petit à petit leurs communautés.

Zambales se situe au centre de l’île de Luzon aux Philippines. L’opération minière implique l’extraction de minerai de fer (des magnétites), des sables formés par le lahar trouvés au pied du mont Pinatubo. Le mont Pinatubo est un volcan actif dont l’éruption en 1991 a été enregistrée comme la seconde plus grande éruption du 20e siècle. Les Aetas vivent dans cette région, riche en minerai, autour du volcan depuis la nuit des temps. Afin d’empêcher toute opposition, les exploitants miniers ont sournoisement manigancé pour pousser les Aetas à travailler dans leurs exploitations. Les Aetas ont pour mission de rassembler le sable noir en utilisant un bloc aimanté, mais au lieu de leur payer un salaire pour leur travail, les exploitants se limitent à leur acheter le sable qu’ils ont récolté.

En novembre 2013, le partenaire de M3M, Advocates for Community Health, a mené une mission médicale, dans le cadre de ses projets, dans l’une des régions des Zambales touchées par l’extraction de sable noir. La décision d’effectuer une telle mission découle du nombre de plus en plus important de cas de cancers de la peau et de maladies des poumons attribuées à l’exploitation de sable noir. Au cours de cette mission, Advocates a remarqué plusieurs maladies y étant liées, telles que  l’irritation des yeux et les hernies.

Le personnel d’Advocates a également pu écouter les récits de la population sur l’extraction du sable noir. Ils ont découvert que nombreuses sont les familles Aetas qui abandonnent petit à petit leurs méthodes agricoles traditionnelles à mesure que les exploitants les attirent en leur offrant de l’argent facile. Ils ne sont cependant payés que la somme dérisoire de 40 centavos (0,64 centime d'euro!) par sac de 50 kg et les exploitants les forcent à produire de 800 kg à 1 tonne de sable noir par jour. Les histoires de parents emmenant leurs enfants, parfois même leurs nourrissons, sur l’exploitation minière, les exposant à la poussière provoquée par le sable et à la chaleur intense du soleil, sont très inquiétantes. Ils ont abandonné leur gasakan (ferme familiale que l’on trouve habituellement dans les montagnes) puisqu’ils doivent travailler toute la journée pour produire la quantité demandée par les exploitants. Lorsqu’on leur demande si l’argent qu’ils gagnent en travaillant à la mine suffit à leurs besoins, la plupart admet avoir juste assez pour s’acheter un repas par jour. Ils ne peuvent pas acheter de médicaments lorsqu’un membre de la famille tombe malade.

L’extraction de sable noir altère en effet la sécurité alimentaire des Aetas tout en détruisant petit à petit leurs communautés. Une autre source d’inquiétude est le fait que les exploitants miniers violent les droits des Aetas sur leurs terres ancestrales. La loi philippine veut que toute entreprise obtienne le consentement préalable et informé, donné librement, des communautés indigènes avant de commencer tout projet dans une région déclarée terre ancestrale. Les habitants ne se souviennent toutefois pas d’une seule fois où un exploitant minier serait venu leur demander leur consentement avant de commencer son exploitation dans la région.

Certains rapportent que des représentants officiels du gouvernement acceptent des pots-de-vin de la part d’exploitants miniers peu scrupuleux pour qu’ils les laissent créer leurs exploitations malgré l’opposition d’une large frange de la population.
Dans le nord de Luzon, dans la province de Cagayan, la population proteste contre les représentants du gouvernement local qui continuent d’ignorer leur demande d’arrêter l’extraction de sable noir dans leur région, en en citant les effets négatifs pour leurs environnements marin et naturel.

Des études menées par des groupes en faveur de l’environnement dans les régions touchées par ces exploitations ont montré que les opérations d’extraction de sable noir participent à l’épuisement des ressources halieutiques, à l’érosion des sols et aux sévères inondations dans les communautés situées sur les côtes et aux abords des rivières.

Les Aetas ont déclaré qu’ils avaient commencé à remarquer l’émergence soudaine de dolines sur les sites miniers et aux alentours. L’an dernier, leur communauté a aussi subi de graves inondations durant la mousson. Advocates met actuellement sur pied un programme pour encourager la population à revenir à l’agriculture traditionnelle tout en s’opposant à l’extraction de sable noir sur leurs terres ancestrales.
 
Sources et articles liés (en anglais) :
http://bulatlat.com/main/2013/09/18/black-sand-mining-eroding-livelihoods-destroying-communities/
http://en.wikipedia.org/wiki/Mount_Pinatubo

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