19/03/15

Journée mondiale de l'eau en RD Congo: quand la mobilisation d'un quartier fait place à des solutions durables

Etoile du Sud est notre partenaire en RD Congo. Cette organisation forme et soutient, à Kinshasa ainsi que dans les provinces du Katanga et du Kivu, des comités de santé qui prennent en charge les problèmes liés au droit à la santé dans leur quartier. Irène Kalenga est la présidente du comité de santé de son quartier à Lubumbashi. Elle nous raconte comment son comité et les habitants ont fait face à de graves problèmes d'accès à l'eau et comment leurs revendications ont permis de leur garantir à un accès à de l'eau potable.
Nous avons donc décidé d'en savoir plus et d'agir pour notre santé.

Chaque fois que nous allions prendre de l'eau à la source, pour boire, nous laver, faire la cuisine, nettoyer les vêtements, on sentait une mauvaise odeur se dégager du puits mais nous n'arrivions pas à en déterminer l'origine. Ca ne pouvait pas être l'eau: comment consommer une eau qui sent aussi mauvais ? Ça devait venir d'ailleurs.

Avec le comité de santé du quartier de Musumba - commune de Katuba, ville de Lubumbashi, RD Congo - dont je suis membre, nous nous sommes inquiétés de cette situation, pour nous-mêmes, notre famille mais aussi pour les habitants de notre quartier: l'impact  de cette eau polluée sur notre santé était terrible !

Avec les membres du comité de santé – des agricultrices, des jeunes élèves, des étudiants, des infirmiers, etc. - nous avons donc décidé d'en savoir plus et d'agir pour notre santé. On a lancé une enquête sociale dans notre quartier auprès des familles : Où allez-vous chercher l'eau ? Avez-vous des maladies liées à l'eau ? Comment traitez-vous l'eau pour qu'elle soit potable ? Autant de questions et de réponses qui nous ont permis de mieux comprendre la situation. La population du quartier était bien consciente qu'il y avait un problème avec cette eau et qu'il fallait éviter de la boire. D'ailleurs, la plupart d'entre eux préféraient parcourir une plus grande distance pour aller puiser de l'eau dans un puits foré, ou encore dans un puits archaïque plutôt que de boire l'eau polluée qui sortait du robinet à notre disposition dans le quartier.

C'est à travers cette enquête sociale et les visites dans le quartier qu'on a enfin pu comprendre d'où venait ce problème d'odeur: la tuyauterie de la société nationale de distribution d'eau, la REGIDESO, traversait deux fosses sceptiques ! C'est donc de là que venait l'odeur et par conséquent, la pollution de l'eau que nous buvions.

L'eau est vitale pour chaque être humain, pour de nombreux besoins : boire, cuisiner, se laver, laver la maison et les vêtements; il nous fallait de l'eau propre. Avec le comité de santé, on a décidé d'informer les autorités de la situation de la tuyauterie et du robinet, ainsi que de faire un rapport à la société nationale de distribution d'eau. On s'est mobilisé pour aller les voir et exposer le problème de notre quartier.

Et notre plaidoyer auprès de autorités a été entendu ; un nouveau projet a permis de placer une nouvelle tuyauterie au bord de la route, dans notre commune de Katuba mais aussi dans les communes de Kenya et Kampemba, en évitant les fosses sceptiques.

Mais il reste encore de nombreux défis à relever comme par exemple assurer l'approvisionnement régulier du quartier en eau et éviter les coupures ou encore, l'installation d'un robinet dans chaque parcelle pour limiter le long déplacement des habitants vers les puits et autres pompes à eau chaque jour. C'est notre projet actuellement : nous allons commencer par organiser une enquête sociale afin d'établir des statistiques sur le nombre réel de ménages qui disposent d'une arrivée d'eau et ainsi faire le plaidoyer auprès des autorités et de la REGIDESO pour procéder à la révision du coût du raccordement et ensuite, à l'installation de robinets dans chaque parcelle.

Nous espérons que la population et les autorités s'impliqueront encore pour avoir des solutions durables.

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