15/10/15

Les accords de libre-échange européens sapent la lutte contre le changement climatique

Alors que l'Union européenne se vante à travers le monde entier de ses objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2 et de lutte contre le changement climatique, elle conclue des accords de libre-échange avec un maximum de pays à travers le monde. Ces derniers, avec la logique de surproduction, de pollution et d'ouverture des marchés qui en découle, empêchent de mettre en place une société juste et durable.

L'urgence climatique

Selon l'OMS, chaque année le changement climatique tue en moyenne 140 000 personnes, tout en détériorant les déterminants environnementaux de la santé tels que l'alimentation, l'eau, ou l'habitat. 95 % des décès dus à des catastrophes naturelles ont lieu dans des pays du Sud. Par exemple, le 8 novembre 2013, le typhon Haiyan a touché l'archipel des Philippines laissant derrière lui des milliers de morts et des millions de personnes affectées. Des centaines de milliers d'hectares de cultures ont été détruits privant la population de ses sources principales de revenus.

Le GIEC prévient que si aucun changement n'a lieu en matière d'émissions de CO2, les pays de basse latitude seront davantage touchés par des événements climatiques extrêmes qui ne feront qu'augmenter en ampleur et en fréquence. Cela signifie, toujours selon le GIEC, que les progrès obtenus dans la lutte contre la faim seront anéantis par les dégâts engendrés par le changement climatique: des études prévoient en 2050 une augmentation de 49 millions (11%) de la population qui souffre de malnutrition. Le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté pourrait augmenter jusqu'à 3 milliards en 2050 à moins que les catastrophes environnementales soient évitées par une action mondiale coordonnée. Le nombre de réfugiés climatiques pourrait s'élever jusqu'à 200 millions d'ici 2050.

Les (fausses?!) ambitions climatiques de l'Union européenne

Il est grand temps de prendre des mesures ambitieuses pour lutter contre le changement climatique. A cet égard, l'Union européenne, tente de se profiler sur la scène internationale comme un leader pour combattre le changement climatique : « L’Union européenne s’est engagée depuis plusieurs années dans la lutte, au niveau interne et sur la scène internationale, et en a fait une priorité de son agenda, dont sa politique climatique est le reflet. »

La diminution des émissions de gaz à effet de serre est cruciale si l'on veut ne pas dépasser la barre des 2°C de réchauffement climatique global qui aurait des répercussions néfastes sur l'environnement. Le 24 octobre 2014, les décideurs européens se sont mis d'accord sur le futur paquet énergie climat 2030 dont l'objectif est de réduire au moins de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990, d'augmenter d’ici 2030 la part des énergies renouvelables à au moins 27% au sein du mix énergétique et d'atteindre une efficacité énergétique indicative d’au moins 27%. Elle prévoit également de diminuer ses émissions de CO2 de 80% d’ici à 2050.

Le libre-échange à l'encontre des objectifs climatiques européens

L'Union européenne est incohérente dans son discours. Elle annonce, d'une part, avoir des objectifs ambitieux pour la COP21 et la lutte contre le changement climatique alors qu'en même temps elle conclue des accords de libre-échange qui poussent notre système économique dans une spirale infernale pour notre planète et qui empêchent de lutter efficacement contre ce changement climatique.

L'Union européenne, en concluant des accords de libre-échange avec par exemple des pays du Sud, va permettre non seulement à ses multinationales d’accroître leurs exportations en s'implantant dans de nouveaux marchés. Mais aussi de permettre aux multinationales de se délocaliser dans les pays du Sud où la main d'œuvre est bon marché et où les matières premières (bois, minerais, terre, eau, etc.) sont plus accessibles.

Que ce soit au niveau de la déforestation, de l'agriculture intensive, de l'épuisement des nappes phréatiques ou encore de l'extraction minière, il y a très peu de règles contraignantes qui empêchent les multinationales de détruire massivement ces ressources. Par exemple, lorsque la multinationale Coca-cola s'est installée dans le village de Plachimada en Inde, l'entreprise a commencé à pomper des réserves locales de 1,5 million de litres d'eau par jour et a asséché toute la nappe phréatique. La production d'huile de palme engendre une déforestation de plusieurs millions d'hectares de forêt. Au Philippines, les populations indigènes sont expulsées de leurs terres ancestrales pour permettre aux multinationales minières de s'installer, de profiter des ressources naturelles sur place et de polluer la terre, l'air et les cours d'eau. Ce pillage de la nature et la pollution qui en découle, entraîne une augmentation des émissions de CO2 et donc du changement climatique.

Incohérence des politiques européennes

Pour lutter contre le changement climatique et mettre en place une société juste et durable, nous avons besoin d'une société dans laquelle prime le respect des grands équilibres écologiques, la relocalisation des systèmes productifs et de consommation, le développement des énergies renouvelables et la coopération entre les citoyens pour partager et distribuer les ressources existantes.

Les politiques de libre-échange, elles font tout l'inverse. Nous faisons face à un système qui fait primer l'intérêt des multinationales et du profit sur celui des populations et de la planète. Elles renforcent la division internationale des systèmes productifs, augmentent les échanges internationaux et la dépendance de nos sociétés aux énergies fossiles.

Enfin, les mécanismes de règlement des différends entre les États et les grandes entreprises (ISDS) empêchent également la mise en œuvre de véritables politiques de transition énergétique et écologique. Par exemple, l'Argentine a été condamnée à payer près de 400 millions d'euros à la multinationale Suez pour avoir rompu un contrat et renationalisé la distribution d'eau à Buenos Aires. Pourtant, la gestion publique a permis d’apporter de l’eau à 3 millions d’habitants supplémentaires.

Le droit des investisseurs prime donc sur celui de l'environnement et de la démocratie.

L'Union européenne est donc incohérente dans son discours et sa politique. Il est important qu'elle prenne des mesures ambitieuses en matière de réduction des émissions de CO2 et de lutte contre le changement climatique. Mais ce n'est pas tout. C'est le système économique dans son ensemble qu'il faut réformer. Les politiques de l'Union européenne doivent agir en faveur des populations et de la planète et non du profit et d'une élite économique.

Il est donc grand temps que les mouvements sociaux qui luttent contre le changement climatique et le libre-échange fassent converger leurs actions pour faire pression sur nos gouvernements et mettent en place la transition nécessaire pour lutter efficacement contre le changement climatique!

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