08/03/18

#MeToo en Belgique et aux Philippines : « La violence envers les femmes est surtout un problème politique »

Au niveau mondial, d’après les Nations unies, un tiers des femmes, soit un milliard de personnes, sont victimes d’agressions physiques et d’autres formes de violence. La campagne #Metoo donne une voix à ces femmes et montre que la violence sexuelle est bien plus fréquente que ce que beaucoup pensait...

Le sexisme n’a rien d’une plaisanterie

« Une claque aux femmes qui subissent les violences et le sexisme au quotidien », déclarait Françoise De Smedt, du PTB Bruxelles, à propos d’une lettre ouverte d’une centaine de Françaises qui défendaient la « liberté [des hommes] d’importuner [les femmes] », dans une tribune parue dans le Monde. « Il ne s’agit pas de retour au puritanisme. La liberté sexuelle ne se fera certainement pas grâce au sexisme. »

« En outre, cette carte-blanche laisse aussi de côté un problème bien plus large. Les femmes vivent dans une position fragile et inégale dans la société. Il existe un important écart salarial, entre autres parce que les femmes travaillent plus souvent à temps partiels afin d’assumer une grande partie des tâches ménagères. Dans les licenciements prévus chez Carrefour, par exemple, un très grand nombre de femmes sont visées. Il est important qu’elles puissent se trouver aux avant-postes de la résistance à ces licenciements boursiers. Les femmes sont toujours sous-représentées dans les fonctions importantes. Nous ne pouvons relativiser des comportements consistant à les siffler en rue ou à attaquer leurs droits individuels, pour la simple raison que ces comportements eux aussi renforcent l’inégalité des rapports de pouvoir existants. Les remarques sexistes vous humilient et vous font douter de vos capacités. Ce n’est pas un hasard si les femmes ont généralement moins tendance à s’exprimer en public et donnent moins leur avis. Si nous voulons l’égalité des femmes dans la société, elles doivent avoir la liberté d’y accéder. Ne constituons-nous pas 51 % de la population ?

A mes yeux, les hommes sont en premier lieu des alliés, pour changer la société. Notre but est commun : lutter pour un avenir solidaire et de meilleures relations entre hommes et femmes. »

 

Impunité, pauvreté et injustice

La lutte contre le sexisme se mène partout dans le monde. Marianne, le mouvement des femmes du PTB, mène le combat pour l’égalité H/F avec des organisations comme Gabriela. Ce mouvement philippin lutte depuis plus de 25 ans déjà contre l’inégalité des relations entre genres et contre la violence envers les femmes. Il sort les femmes de leur position opprimée en les soutenant dans le choix effectif d’un rôle actif au sein du mouvement des femmes.

Les abus sexuels sont également un important problème aux Philippines et, depuis des années, un thème très important de Gabriela. Souvent, c’est le conjoint qui en est l’auteur mais, ces dernières années, il y a une augmentation des agressions sexuelles de la part d’« hommes en uniforme », autrement dit de policiers, de militaires, de membres du clergé ou de personnes actives en politique.

Selon Obeth Montes, secrétaire générale de Gabriela, la violence envers les femmes est surtout un problème politique. Elle y voit trois causes : la culture de l’impunité, la pauvreté et l’incapacité du gouvernement à rendre justice aux victimes. « L’une de nos revendications importantes reste une amélioration du système juridique qui, en ce moment, laisse encore bien trop souvent impunis les auteurs de violences. Nous accompagnons également les femmes qui décident de plaider leur cause. Mais nous devons aussi être actives de l’autre côté des barreaux, c’est-à-dire faire libérer les femmes prisonnières politiques. »

Gabriela compte plus de 250 000 membres et leurs bénévoles les plus actives habitent dans les quartiers populaires. Depuis peu, Gabriela a également une assistante en ligne, « GABBIE ». Via ce chatbot (= agent conversationnel) automatique sur Facebook, les femmes peuvent s’exprimer sur cette violence. Le chatbot est une façon très accessible de préparer un dossier via lequel les femmes peuvent obtenir de l’aide auprès de Gabriela, d’un avocat ou de certaines autorités.

 

Renforcer la confiance en soi

Parce que chercher de l’aide constitue souvent une démarche difficile, Gabriela organise aussi des sessions thérapeutiques de groupe ou individuelles afin d’aider les femmes à se rendre compte que tout cela, en fait, n’est pas de leur faute.

Obeth : « La violence n’a pas qu’un impact physique. Elle provoque également une souffrance psychologique. Mais bien des femmes ont du mal à le reconnaître elles-mêmes. Nos activités renforcent la confiance en soi. Ensemble, elles parlent de situation dans lesquelles les femmes subissent des abus et elles examinent les causes de la violence. Avant que Gabriela ne soit active, tout le monde était plutôt replié sur soi-même. Aussi ne qualifions-nous pas ces femmes de ‘‘victimes’’, mais de ‘‘personnes en survie’’. »

 

Le rôle des médias et de l’enseignement

Comment la violence envers les femmes peut-elle cesser ? Joms Salvador, secrétaire générale de Gabriela, est convaincue qu’une des réponses réside dans l’information de la population : « Le viol et d’autres formes de violence envers les femmes s’appuient sur l’ignorance des droits des individus et sur l’indifférence à l’égard de ces mêmes droits et, en particulier, ceux des femmes, et sur des conceptions erronées qui circulent parmi elles. La société et des institutions comme les médias ou l’enseignement jouent un rôle important, ici. »

Avec ses discours à la Trump, l’actuel président des Philippines, Rodrigo Duterte, n’est pas précisément du côté des femmes. Récemment, il s’est attiré la colère du mouvement féminin en disant que les femmes qui ont été violées durant sa législature « le méritaient bien avant de se retrouver en prison ». Outre l’encouragement public de la violence sexuelle, cela réduit également les femmes au statut de « trophées » de certains criminels.

Face aux politiques ultra-libérales, et aux positions extrêmement virilistes de Duterte, Gabriela a réagi en marchant en tête des protestations, lors de la journée des femmes, l’an dernier. Cette année, elles seront à nouveau présentes.

Cet article a été publié par Solidaire

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