29/09/14

Nouvelle commission européenne : avec les grands industriels contre le climat?

La composition de la nouvelle équipe du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, semble faire prévaloir les intérêts des industriels plutôt que ceux du climat. Au lendemain du Sommet de Ban Ki-moon sur le climat, la commission de l'Environnement du Parlement européen a donné son feu vert à la liste des industries lourdes qui pourront bénéficier dans les prochaines années de droits d'émission de CO2 gratuits. Un exemple de plus qui montre la priorité donnée aux industriels et le recul dans les engagements climatiques.

2015 : Une année phare pour le climat

Beaucoup de chefs d'États européens étaient présents à New-York lors du sommet de Ban Ki-Moon  sur le climat le 23 septembre 2014 pour exprimer leur engagement pour lutter contre le changement climatique. Ce sommet avait pour but de mettre le climat en haut de l'Agenda politique et de donner un élan politique aux négociations climatiques  afin d'avancer pour la COP 21 à Paris en 2015.

En décembre 2015, les dirigeants des pays de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques doivent se rencontrer à Paris pour signer le premier accord global impliquant tous les grands émetteurs de gaz à effet de serre. Une date importante lors de laquelle les dirigeants devront faire prévaloir les intérêts des populations et de la planète sur celle du profit s'ils désirent mettre en place des actions concrètes pour lutter contre le changement climatique.

L'Union européenne, n'est toujours pas venue à un accord interne sur les engagements qu'elle pourrait prendre en matière de climat et devra donner sa décision finale à l'ONU en mars 2015. Toutefois, la nouvelle Commission Juncker ne présage pas d'engagements ambitieux en matière de climat.

Une nouvelle Commission européenne pas très verte

La nouvelle Commission a été présentée le 10 septembre 2014 par le président, Jean-Claude Juncker. A la grande surprise de beaucoup d'organisations environnementales et sociales, ce dernier a fusionné les portefeuilles du Climat et de l’Energie et confi é ces compétences à l’ancien ministre espagnol de l’Agriculture, Miguel Arias Cañete. Un choix inquiétant lorsqu'on sait que ce dernier détient des participations dans deux entreprises pétrolières.

Le groupe des Verts européens a également exprimé ses craintes que la création d’un portefeuille associant Climat et Énergie « nuise à l’engagement de l’UE face à l’urgence climatique ». Le bureau européen de l'environnement a également exprimé sa préoccupation concernant le transfert de certaines responsabilités "cruciales" actuellement exercées au sein de la Direction générale (DG) Environnement à d'autres DG au sein de la Commission. Par exemple, ce ne serait plus la DG Environnement mais bien la DG Industrie qui déciderait si oui ou non les produits chimiques sont un danger pour notre santé. Est-ce que la DG Industrie parviendra à donner la priorité à la santé des citoyens plutôt qu'aux profits des industries européennes ? Le BEE conclut que "sous couvert de réforme, c'est un programme de dérégulation totalement rétrograde qu'on vient de nous présenter et qui s'apparente à une liste de souhaits des groupes d'intérêt du secteur privé, hostiles à l'environnement".

Selon le Mo*Magazine 1, « la structure de la nouvelle Commission, les communications envoyée par  Juncker et le choix des commissaires révèle une réduction drastique de la politique environnementale et même un recul des engagements européens pour le développement durable, l'utilisation efficace des ressources, la qualité de l'air, la protection de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. C'est une trahison directe des intérêts des citoyens de l'UE ».

L'Union européenne affaiblit ses engagements climatiques au profit des industriels

Au lendemain du sommet de Ban Ki-moon, la commission de l'Environnement du Parlement européen a donné son feu vert à la liste des industries lourdes qui pourront bénéficier dans les prochaines années de droits d'émission de CO2 gratuits.

Les entreprises doivent normalement acheter des droits pour le CO2 qu'elles émettent. Cette politique vsiait à encourager les entreprises à développer des procédés moins polluants, mais le prix du marché actuel  (± 6 euros par tonne de CO2 ) est tout sauf un stimulant. La Commission européenne a rédigé une liste de secteurs qui peuvent bénéficier de dérogations parce qu'elles subiraient des désavantages concurrentiels sur le marché mondial et risqueraient dès lors de délocaliser leurs activités. La liste comprend notamment les secteurs de l'acier et du ciment. Cette politique climatique est tout à fait absurde. Non seulement elle distribue copieusement des droits d'émission aux grandes entreprises les plus polluantes  et permet de revendre sur le marché du carbone les droits non utilisés (le producteur d'acier Arcelor Mittal y a déjà gagné des millions) mais en plus elle donne maintenant la possibilité à certaines entreprises d'émettre gratuitement du CO2.

Cette décision montre bien la logique de la nouvelle Commission : faire prévaloir les intérêts des industriels sur ceux de la population et du climat. Cet exemple n'est que le début d'une série d'autres qui seront inévitables dans une Comission où le profit reprend ses droits sur le climat et le bien-être de la population.

 

 

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