BLOG

08/01

Palestine: une jeunesse sous attaque

On pourrait penser qu'Israël se contente d'occuper les terres des Palestiniens et de contrôler la population. Mais il y a plus: Israël suit une politique qui a comme objectif de décourager les Palestiniens de vivre en Palestine tout court.

Près de 200 jeunes Palestiniens emprisonnés dans les prisons israéliennes

Des checkpoints à l'expulsion

Dés le début de la construction du Mur en 2002, qui traverse et divise des communes palestiniennes en Cisjordanie et isole les Palestiniens de Jérusalem-Est de la Cisjordanie, la population de Cisjordanie s'est vue refuser l'accès à leurs champs d'oliviers, aux espaces verts, etc. Un sentiment d'enfermement, renforcé par cette barrière physique, accable et freine toute démarche quotidienne (socio-culturelle, économique ou religieuse). Pour réussir à franchir ce mur, les Palestiniens doivent passer par des checkpoints mobiles ou fixes, source d'humiliation supplémentaire.

D'une part, les checkpoints sont des obstacles à la libre circulation. L'armée israélienne y opère des contrôles et des arrestations arbitraires1, conditionnant l'accès à des services essentiels, tels que les soins de santé spécialisés ou l'enseignement.2 De plus, elle y traite souvent les Palestiniens comme des criminels (empreintes de doigts, scanner corporel, etc.). Les humiliations verbales et les violences physiques y sont courantes : « Le soldat s’est mis à m'insulter avec des mots méchants. (...) A ce moment, et alors que je faisais demi-tour pour partir, il m’a frappé avec l’antenne de sa radio en pleine figure. (…) J’étais très en colère contre le comportement du soldat et j’ai commencé à dire des gros mots contre lui. (…) Il a essayé de m’attraper tout en ricanant.»3

D'autre part, lors des constructions des colonies israéliennes, l'armée israélienne expulse des familles palestiniennes de leurs maisons pour les détruire ensuite. Dans d'autres cas, c'est, par exemple, un tribunal israélien ou la municipalité de Jérusalem qui ordonnent, sous prétexte qu'elles sont inhabitables ou qu'elles ont été  construites illégalement sur un terrain public, la destruction des maisons palestiniennes. La destruction est généralement à charge de la famille ! Si certaines familles n'ont pas les moyens de prendre en charge la destruction de leur maison, elles se voient dans l'obligation de détruire eux-mêmes leur propre maison. Outre les conséquences psychologiques que cela implique, ces expulsions font perdre aux Palestiniens tous leurs repères acquis durant de longues années. Une expérience plus que traumatique pour les enfants.

Comment gommer une identité ?

A l'aide de deux techniques performantes, Israël enraye le développement de cette identité palestinienne : la "normalisation " des relations entre occupant et occupé et la "judaïsation" de certains territoires occupés. La normalisation est destinée à faire intégrer les Palestiniens, qui deviennent alors souvent « Arabes » plutôt que Palestiniens, dans des activités de l'État d'Israël (avec des Israéliens) sans pouvoir remettre en question l'occupation, la discrimination ou parler de l'apartheid. En d'autres mots : faites comme si le peuple palestinien n'existait pas et que vos terres n'étaient pas vraiment occupées en collaborant avec la puissance occupante.

La judaïsation de son côté consiste à supprimer l'identité palestinienne en la remplaçant par l'identité israélienne. La "judaïsation" de Jérusalem en est un exemple flagrant. Outre la confiscation des terres, l'armée israélienne détruit des bâtiments dont la fonction première est de véhiculer l'identité palestinienne : des lieux de cultes, de transmissions des savoirs (écoles, universités, etc.) et des centres culturels. Et puis, toutes les références en arabe sont effacées des murs. C'est dans ce contexte de répression et de judaïsation de Jérusalem que l'armée israélienne a, en 2009, envahi et fermé le centre communautaire "Nidal" de HWC (Health Work Committees - partenaire de M3M).4 Enfin, suite aux constructions de colonies autour de Jérusalem à partir de 1993 et à la restriction de mouvement, les Palestiniens de Jérusalem ont de plus en plus de mal à entretenir des rapports avec la société palestinienne en Cisjordanie.

 

Une unité prise pour cible

La division géographique imposée a affaibli les liens communautaires entre la bande de Gaza et la Cisjordanie. Le manque de communication et de dialogue inter-communautaire renforcent le sentiment d'enfermement et détériorent les liens relationnels dans la population palestinienne. De plus, afin de collaborer avec elle, les prisonniers palestiniens sont soumis à des pressions physiques et mentales. Cette technique vise à stimuler les divisions, les confrontations et le manque de confiance entre Palestiniens.

En cas d'expulsion de leur habitat et de relogement dans la famille ou dans des camps de réfugiés, les parents perdent progressivement le contrôle social sur leurs enfants. Certains d'entre eux sont livrés à eux-mêmes. Dans ces conditions, les jeunes Palestiniens manquent de compétences sociales (respect des autres, solidarité, sens des responsabilités, etc.) et de soutiens relationnels (par la famille, les amis, les écoles et les clubs de jeunes) pour faire face aux difficultés de la vie quotidienne. Ces phénomènes d' "abandon" et de "perte du contrôle social" s'opèrent aussi lorsque l'armée israélienne arrête arbitrairement un parent devant son enfant. La vision du parent humilié laisse l'enfant traumatisé, sans certitudes.

Dans l'ensemble de ces cas, les droits de l'enfant sont bafoués : droit à l'enseignement, droit aux soins de santé, droit à une vie de famille, droit à une vie décente, etc. L'État d'Israël continue sa politique d'occupation au préjudice du bien-être psycho-social de la jeunesse palestinienne.
 

Cet article fait partie d'une série sur la jeunesse en Palestine: "Palestine: Pleins feux sur la jeunesse"

 

1 Des arrestations arbitraires peuvent aussi survenir en pleine rue, dans des écoles, lors d'incursions dans les camps, etc.

2A ce niveau, il existe donc une discrimination, entre Israéliens et Palestiniens, dans l'accès des services publics et sociaux.

3 « Déclaration d’Awni Abu Shamsiyah, 13 ans, au PCHR », Rapport sur les violations israéliennes des droits humains, PCHR- Palestinian Center for Humans Rights (du 3 au 9 octobre 2013), disponible sur le site internet d'info-Palestine.eu : http://www.info-palestine.net/spip.php?article14078

4Pour plus de détails : « Le Nidal Center de Jérusalem ouvre à nouveau ses portes après trois ans. », article disponible sur le site de M3M : https://fr.vivasalud.be/news/le-nidal-center-de-j%C3%A9rusalem-ouvre-%C3%A0-nouveau-ses-portes-apr%C3%A8s-trois-ans

 

8514 views
Palestine: une jeunesse sous attaque | Viva Salud

Erreur

Le site Web a rencontré une erreur inattendue. Veuillez essayer de nouveau plus tard.