02/06/17

Palestine: 50 ans d'occupation, 50 ans d'injustice

2017 est une année symbolique pour la population palestinienne. Il y a 50 ans, c'était le début de l'occupation formelle de la Palestine à l'issue de la Guerre des Six Jours, avec toutes les violations des droits humains et du droit international qui s'en sont suivies. Pourquoi cela a-t-il été possible et comment pouvons-nous y mettre fin?
Il n'y a aucun Palestinien qui ne ressente les effets de l'occupation.

Rappel historique

Cette année marque aussi le 100ème anniversaire de la signature de la déclaration de Balfour. A cette époque, la Palestine se trouvait sous le mandat de la Grande-Bretagne. Avec cette déclaration, le gouvernement britannique affirmait son soutien à la création d'une “patrie nationale pour la population juive” dans ces territoires. La signature de la déclaration de Balfour a résulté en une énorme tension en Palestine et dans toute la région, ce qui a conduit en 1947 à la guerre de Palestine.

En 1949, un cessez-le-feu a été conclu entre Israël d'une part et l'Egypte, la Syrie, le Liban et la Jordanie de l'autre. L'accord comprenait la création d'une frontière (la “Green Line”), qui a fini au fil du temps à fonctionner comme une frontière semi-officielle entre Israël et la Palestine. La Green Line signifiait pour la population palestinenne la perte d'une grande partie de leur territoire : par rapport au partage proposé par les Nations Unies en 1947, 70% supplémentaires de la Palestine historique étaient annexés par Israël et la bande de Gaza et la Cisjordanie se trouvaient séparées.

En juin 1967, Israël envahit l'Egypte, la Syrie et tout le territoire palestinien au cours de la Guerre de Six Jours. Israël y emporta une large victoire, ce qui lui permit d'élargir encore ses frontières, en occupant notamment le plateau du Golan et le Sinaï.[1] C'est à ce moment aussi que commença l'occupation formelle des territoires palestiniens, avec une politique de colonisation par Isräel. Malgré la résolution 242 de l'ONU, exigeant le retrait des troupes israéliennes et le respect du territoire palestinien, Israël exproprie des villages palestiniens pour y installer des colonies israéliennes. C'est de cette manière que de plus en plus de parties du territoire palestinien sont annexées par Israël.

Le droit international est clair à ce sujet, ces colonies sont illégales et violent la Quatrième Convention de Genève. Cette convention stipule qu'un pouvoir d'occupation ne peut transférer ses citoyens sur les territoires qu'il occupe. En plus, l'occupation israélienne viole au quotidien les droits de base des Palestiniens, avec ses colonies, ses checkpoints, ses routes réservées aux seuls colons, le mur qui s'enfonce profondément dans les territoires occupés, le blocus de la Bande de Gaza...

L'impact aujourd'hui sur la qualité de vie

Bien qu'il y ait de grandes différences dans le quotidien, selon qu'on vive dans la bande de Gaza, à Jérusalem ou en Cisjordanie, il n'y a aucun Palestinien qui ne ressente les effets de l'occupation.

A Jérusalem, les Palestiniens vivent sous occupation constante, avec un impact sur tous les aspects de la vie. Qu'il s'agisse de l'accès à l'enseignement ou aux soins de santé ou encore de la construction d'une vie sociale ou culturelle, l'espace vital de la population palestienne de Jérusalem est réduit à moins qu'au minimum supportable. Les organisations sociales qui font un travail important pour la communauté palestinienne sont fortement touchées. Notre partenaire Health Work Committees (HWC) a dû faire face à plusieurs reprises à des répressions de la part des autorités israéliennes. Notre collègue Daoud Ghoul, qui était alors coordinateur du programme des jeunes, a été interdit d'entrée à Jérusalem en 2014 et arrêté de façon arbitraire en 2015. Ce n'est qu'au bout de sept mois qu'il a été condamné à 18 mois de prison sur base de vagues soupçons. Depuis quelques mois, il est à nouveau libre mais on lui a interdit de reprendre son travail. Actuellement, HWC n'a plus d'activités à Jérusalem.[2]

Les Palestiniens rencontrent aussi des problèmes dans le domaine socio-économique. Le taux de chômage est très élevé dans tous les territoires palestiniens et grimpe à plus de 40% chez les jeunes. La sécurité sociale est pratiquement inexistante. Notre collègue Adam*, de l'organisation Al-Marsad, témoigne: “Mon petit garçon a eu récemment une blessure à la tête suite à un accident. En principe, j'aurais dû aller à un hôpital à Jérusalem. En tant qu'habitant de Jérusalem, je paie une contribution à l'état d'Israël pour la Sécurité sociale, et mon fils devrait avoir droit à des soins dans un hôpital de la ville. Mais comme je vis de l'autre côté du mur de l'apartheid, un déplacement à Jérusalem risque de durer des heures, à cause des checkpoints. Ce n'est pas une option avec un enfant blessé. Nous sommes donc allés dans un hôpital à Ramallah, où les soins nous coûtent beaucoup plus cher.”

A Gaza, la qualité de vie est fortement limitée par le blocus imposé par Israël. A cause d'un contrôle strict de l'importation de biens, la population doit faire face à une pénurie dans quasi tous les domaines vitaux, comme le carburant et les médicaments. La fourniture en électricité est également très incertaine: souvent il n'y a du courant que pendant quelques heures par jour. Des solutions comme des panneaux solaires ou des générateurs sont souvent difficiles à installer: le blocus empêche d'importer le matériel nécessaire. Lors d'une visite à notre partenaire Union of Health Work Committees, Haneen* a raconté à notre collègue Fiona comment on peut s'adapter: “Parfois on annonce qu'il y aura du courant entre 2h et 6h du matin. On n'a alors pas d'autre choix que de se lever et de s'occuper du ménage: cuisiner, faire la lessive, nettoyer. Au travail, nous utilisons un générateur pour pouvoir continuer à travailler, mais à cause du blocus, il y a pénurie de carburant et le pétrole est de plus en plus cher.”

Quelle forme d'opposition est-elle possible ?

De nombreux mouvements palestiniens essaient de s'opposer à l'occupation et ses conséquences, malgré des répressions constantes. Nos partenaires également participent à cette dynamique : via leurs activités pour les jeunes, ils essaient d'organiser les jeunes au niveau local, de les renforcer et les mobiliser pour des actions. Par leur travail, ils veulent briser la division géographique des Palestiniens et renforcer l'identité nationale en opposition à l'occupation. Ils mettent sur pied des projets locaux qui font revivre les quartiers et montrent aux jeunes qu'il y a un avenir pour eux et pour la Palestine.

Nous aussi en Belgique, nous pouvons faire quelque chose. A travers différentes campagnes, nous mettons en évidence l'implication belge et européenne dans l'occupation. Des sociétés telles que G4S qui équipent les checkpoints ou le Dexia Holding qui donne des prêts aux colonies, ont un lien direct avec l'occupation et en tirent même des bénéfices. Des universités belges, comme la KU Leuven, collaborent avec des universités israéliennes et des institutions militaires à un projet de recherche sur les techniques d'interrogatoires et la technologie militaire.[3]

* Pour des raisons de sécurité, nous avons modifié les noms de certains de nos partenaires.

Notes

1 Le désert du Sinaï est redevenu plus tard territoire égyptien.

2. Vous pouvez lire le récital de Daoud dans son entièreté via ce lien

3. Vous trouverez davantage d'informations sur la campagne contre ce projet de recherche sur le site de Stop Law Train stop-law-train.be/fr

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