16/09/13

Peter Buffett doit se chercher une nouvelle famille!

Dans un article d’opinion remarquable (1), Peter Buffett, fils du magnat de la finance Warren Buffett, a mis en doute l’utilité de l’industrie caritative. D’après lui, la charité n’a que peu de sens tant que la machine de la pauvreté continue à tourner.
Lors des grandes assemblées de bienfaisance, les chefs d’État se joignent aux investisseurs et aux chefs d’entreprise. Tous cherchent des solutions à des problèmes causés par d’autres personnes, présentes dans la même salle.

Une bonne conscience...

Il y a quelques années, Peter a reçu une donation de son père et a fondé une ONG qui entreprend des actions humanitaires (à petite échelle). Il explique qu’il y a surtout appris à bien écouter les gens avec qui il collaborait.

Il n’est pas tendre envers l’industrie caritative grandissante. Des vies et des communautés sont dévastées par un système qui génère d’énormes richesses pour un petit groupe de privilégiés. Peter Buffett affirme que l’industrie caritative sert surtout à donner bonne conscience à ce petit groupe de privilégiés: “Lors des grandes assemblées de bienfaisance, les chefs d’État se joignent aux investisseurs et aux chefs d’entreprise. Tous cherchent des solutions à des problèmes causés par d’autres personnes, présentes dans la même salle.”

Pour contrer la pauvreté et les inégalités, la charité est non seulement insuffisante, mais elle a parfois même des effets dramatiques, note Peter Buffet. C’est pourquoi il est temps d’instaurer un nouveau système de conduite pour ce monde, de lui écrire une nouvelle histoire.
 

...ou une nouvelle histoire?

Pour écrire une nouvelle histoire, il faut d’autres narrateurs. On ne peut pas attendre de l’élite actuelle, responsable des problèmes, qu’elle change son histoire. Ces gens détiennent le pouvoir qui leur permet de maintenir leur niveau de vie, et c’est ce qu’ils font. La bienfaisance est juste un moyen de se donner bonne conscience et, selon Peter Buffett, “cela maintient en place la structure d’inégalité existante. Les riches dorment mieux la nuit alors que d’autres ont à peine de quoi survivre”.

Cette nouvelle histoire doit être une histoire où les gens du peuple ont voix au chapitre. Une histoire de contre-pouvoir. Un pouvoir qui croît là où le peuple s’organise et se bat pour ses droits. Dans cette histoire, de nouveaux concepts et de nouvelles stratégies sont élaborés. Il est important d’écouter et d’apprendre. Les syndicalistes, les communautés et les responsables paysans n’ont pas peur d’une analyse rigoureuse. Ils osent demander des comptes à ceux qui causent des problèmes et à ceux qui fuient leurs responsabilités. Leurs attentes sont diamétralement opposées au  « retour sur investissement », critère de plus en plus présent dans l’industrie caritative : ils luttent pour la dignité, l’égalité sociale et les droits fondamentaux. Leur monde n’est pas celui des actionnaires mais bien celui de millions de personnes qui chaque jour défendent leur famille et leur communauté.

Cependant, le plus important n’est pas seulement d’imaginer une nouvelle histoire, mais bien d’agir ensemble afin qu’elle se réalise. Le pouvoir des millions de dollars est défié par des millions de gens. Cela se passe sur tous les continents du Sud mais également de plus en plus dans le riche « Occident ». Voilà peut-être une nouvelle famille pour Peter Buffett où il se sentirait davantage chez lui que dans son biotope actuel.

En tous les cas, les partenaires Sud de M3M rejettent l’étiquette de “victimes” que leur colle l’industrie caritative et demandent simplement de l’attention à l’égard de leur travail, qui consiste à organiser le peuple et à le mobiliser pour ses droits.

Nous approfondirons ce sujet lors du week-end de M3M sur l’empowerment du 15 au 17 novembre. Vous y êtes les bienvenus !

(1) http://www.nytimes.com/2013/07/27/opinion/the-charitable-industrial-complex.html
Vertaald in de De Morgen van 30 juli 2013

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