05/11/14

Peuples du monde, dressez-vous pour la justice climatique!

Le 8 novembre 2014, cela fera exactement un an que le typhon Haiyan s'abattait sur les Philippines. Pour nous chez Médecine pour le Tiers-Monde (M3M), l'heure est venue de réclamer justice pour les victimes d'Haiyan et de toutes les catastrophes climatiques sur la planète. C'est aussi pourquoi nous nous sommes joints à d'autres mouvements, ONG et organisations afin d'élaborer cette déclaration appelant à la justice climatique.

Il y a un an que le typhon Haiyan a frappé le centre des Philippines: l'un des cyclones tropicaux les plus puissants et les plus meurtriers jamais enregistrés, qui a laissé dans son sillage des milliers de morts et de disparus, des millions de sans-abri et la disparition de moyens de subsistance.

Pour commémorer l'anniversaire du typhon Haiyan et pour honorer toutes les victimes de la crise climatique mondiale, nous déclarons ce jour, le 8 novembre, Journée internationale des communautés affectées par le climat, et nous appelons toutes ces communautés affectées par le climat et leurs organisations à s'unir pour réclamer justice et un changement du système.

Les souffrances endurées par les communautés victimes du typhon Haiyan sont partagées en de nombreux autres endroits à travers le monde. Globalement, le nombre de catastrophes liées au climat a triplé depuis les années '60! Chaque année, ces catastrophes causent plus de 60.000 morts, principalement dans les pays en développement. Les pays à faibles revenus ont subi deux fois plus de pertes économiques directes (d'une moyenne de 100 milliards USD par an au cours de la dernière décennie) par rapport à leur PIB que les pays à hauts revenus. En moyenne, 250 millions de personnes sont affectées chaque année par le changement climatique, une augmentation de plus de 30% en une décennie seulement. Les femmes en sont les premières victimes, en termes de morbidité (jusqu'à 14 fois plus), de perte de revenus à long terme, de migration forcée, de conflits liés au climat, et pourtant elles n'ont qu'une influence minime sur les politiques climatiques aux niveaux local et international.

Les îles Carteret de Papouasie-Nouvelle-Guinée sont littéralement sous eaux, noyées par des marées géantes qui ruinent les cultures et élèvent le niveau de la mer, dont le sel empoisonne les cultures restantes. Les populations indigènes ont été contraintes de fuir et de s'installer ailleurs, devenant ainsi les premiers réfugiés climatiques.

En Amérique centrale, comme dans beaucoup d'endroits du Sud, le réchauffement climatique a diminué les récoltes, favorisé les parasites et les pathologies végétales, et provoqué des pertes de bétail. C'est également vrai dans plusieurs pays d'Afrique, comme le Kenya, où la sécheresse perpétuelle a décimé la plupart des troupeaux et détruit les cultures des petits agriculteurs et des communautés pastorales. C'est une véritable catastrophe dans les régions où des millions de gens dépendent très fortement de l'agriculture pour leur alimentation et leurs revenus.

Dans le Sud-Est asiatique, des précipitations fréquentes et plus intenses causent la mort et la ruine. Au Pakistan, des événements météorologiques fréquents et extrêmes dévastent les récoltes, particulièrement dans les provinces du Pendjab du Sud et de Sindh, qui fournissent une grande partie des réserves de blé et de riz pour tout le pays. En juin 2013 à Uttarakhand (Inde), on a enregistré plus de 5.700 décès dus à des crues-éclair et des glissements de terrain. Cette année, l'Etat de Jammu-et-Cachemire a été submergé par des précipitations 400 fois supérieures à la normale.

Cette folie est la conséquence directe du système capitaliste mondial fondé sur la croissance sans fin et la course au profit par le biais de l'extraction, la production, la consommation et le gaspillage. Une toute petite frange de la population mondiale tire profit de ce système; 1% des gens les plus riches possèdent désormais presque la moitié de toute la richesse mondiale. Les économies développées, qui comptent 15% de la population mondiale, utilisent à peu près la moitié des ressources mondiales et contribuent le plus à la dégradation environnementale. 

La crise climatique, c'est le capitalisme qui transgresse les limites de la planète. La mondialisation de la production a gonflé les marges bénéficiaires des STN basées dans le Nord mais aussi accentué la pollution par les industries, l'agriculture, le transport et les services -et le réchauffement global qui en résulte- tout en intensifiant l'exploitation des travailleurs. Les sociétés transnationales écument le monde à la recherche de ressources en pétrole, gaz, métaux et minéraux. Les compagnies minières et énergétiques, les plantations agricoles et autres intérêts des grandes entreprises s'emparent de vastes étendues à travers le monde, le plus souvent en chassant les populations indigènes de leurs terres. Au final, on assiste à une exploitation cupide et globale de la nature et à l'approfondissement des inégalités en termes de richesses et de pouvoir.

On réalise l'étendue de cette injustice lorsque le néolibéralisme sape davantage encore la capacité des pays qui sont en première ligne du changement climatique à répondre à ses effets dévastateurs. L'infrastructure publique et sociale a été négligée ou carrément démantelée suite à des politiques de privatisation et d'austérité imposées aux pays en développement par les institutions financières internationales. Des millions de gens sont privés de services de base tels que l'accès à la santé, l'eau et l'hygiène - qui ont été transférés entre les mains du secteur privé. La dérégulation, subtilement implémentée à l'instigation du secteur privé, a engendré la détérioration des conditions de vie - tant sociales qu'environnementales. Tandis que le changement climatique augmente le nombre et la gravité des catastrophes naturelles, il en va de même pour la souffrance des pauvres, tout comme des causes profondes de la vulnérabilité qui transforment des phénomènes naturels en catastrophes chroniques et qui entravent un rétablissement rapide.

Et tels des vautours festoyant sur des cadavres, les grandes entreprises, de connivence avec les gouvernements et les autorités, ont même débattu des moyens de tirer bénéfice des tragédies humaines. Il existe de nombreux exemples de zones de catastrophes converties en "zones d'investissement" dans le cadre de partenariats privés-publics entre de grandes entreprises étrangères et des entreprises locales, souvent au prix de la dépossession de communautés déjà déplacées.

Les populations pauvres des communautés affectées par le climat n'ont pas d'autre choix que de rassembler ce qui reste de leur vie après chaque catastrophe. Entre l'inefficacité de leur gouvernement, la corruption et le mépris total de leur détresse, elles se solidarisent pour se protéger les unes les autres lors des calamités, partager les ressources et atténuer leurs souffrances.

Nous réclamons la fin des politiques et des programmes qui violent l'intégrité de la nature, pillent l'environnement et exposent des communautés déjà vulnérables à des souffrances et misères supplémentaires.

Nous rejetons les fausses solutions à la crise climatique comme le modèle "Economie verte" et les modèles orientés vers le profit, tels que les échanges de carbone et les compensations carbone, le paiement de services d'écosystème, la production de biocarburant à grande échelle, les modèles de géoingénierie, l'énergie renouvelable contrôlée par l'industrie, la libéralisation des biens et services environnementaux, et d'autres mesures propagées par quelque institution globale, gouvernement du Nord ou entreprise. Ces mesures et politiques ne sont que des manœuvres capitalistes d'éco-blanchiement, transformant en objet la capacité de la nature à donner la vie et à la rendre possible, et la concentration accrue des ressources entre les mains des élites et des grandes entreprises.

Les pays capitalistes développés ont la responsabilité historique d'entreprendre des actions climatiques plus ambitieuses car ce sont eux qui ont le plus contribué au réchauffement climatique. Ces pays doivent se fixer des objectifs quantifiables qui maintiendront 80% des réserves connues en carburant fossile dans le sous-sol et qui s'assureront que la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère redescende à 300 ppm. Ils doivent fournir les moyens de prévenir, de minimiser et de gérer les dommages créés par l'accumulation de leur pollution de l'atmosphère; il s'agit d'une partie de leur dette écologique envers les peuples du Sud. Ils doivent également supporter les coûts du transfert de technologie vers les pays en développement, transfert nécessaire pour réduire le changement climatique.

Ces exigences doivent être traduites dans un accord contraignant entre les gouvernements négociant actuellement un nouvel accord climatique et un nouvel agenda de développement qui doit être conclu en 2015. Un nouveau mécanisme international doit être adopté pour répondre aux pertes et aux dommages liés aux impacts du changement climatique dans les pays en développement. Ce mécanisme devra fournir: un financement approprié -mais sans créer de dette- des pertes et dommages (en ce compris des fonds de compensation), une annulation de la dette, des modèles de protection sociale, ainsi que des programmes d'adaptation pilotés par les communautés et sensibles à la question du genre. La participation des communautés affectées, y compris les femmes, doit être entière et efficace à tous les niveaux de prise de décision afin de répondre au changement climatique.

Mais avant tout, nous devons lutter collectivement contre le système actuel qui est la principale cause du désastre environnemental qui s'annonce. Il est clair que la force motrice de base du capitalisme - qui est de se développer, croître et accumuler davantage de profit pour quelques-uns - est en contradiction avec la réalité du caractère limité (et en diminution) des ressources naturelles de la planète. Nous devons trouver un système alternatif durable qui assure les besoins matériels et non-matériels de base de tous les peuples, en protège le bien-être et l'équilibre de la biosphère.

A l'occasion de l'anniversaire du typhon Haiyan et en mémoire de nos familles, parents et amis, nous continuerons à consolider la résilience des victimes du changement climatique grâce à la solidarité. Nous faisons le vœu de lutter pour la justice climatique, et de bâtir un nouveau système basé sur la gestion rationnelle, collective et démocratique et sur l'utilisation des ressources dans l'intérêt des populations et du bien-être de la planète. ###

Signataires initiaux:

People Surge, Philippines
Campaign for People’s Goals for Sustainable Development (People’s Goals)
IBON International
People’s Movement on Climate Change (PMCC)
Asia Pacific Forum on Women, Law and Development (APWLD)
Kalikasan – People’s Network for the Environment, Philippines
WALHI - Friends of the Earth, Indonesia
Centre for Community Economics and Development Consultants Society (CECOEDECON), India
Public Advocacy Initiatives for Rights and Values in India (PAIRVI), India
Tamil Nadu Womens Forum, India
Coastal Development Partnership, Bangladesh
People's Coalition on Food Sovereignty
Pesticide Action Network, Malaysia
Roots for Equity, Pakistan
Ethiopian Consumer Society, Ethiopia
Médecine pour le Tiers-Monde, Belgique
Solidagro, Belgique
Society for Rural Education and Development, India
Indigenous Peoples Movement for Self Determination and Liberation (IPMSDL), Philippines
Coastal Development Partnership, Bangladesh
Asia Indigenous Peoples Network on Extractive Industries and Energy, AIPNEE
Jaringan Orang Asal SeMalaysia (JOAS) - The Indigenous Peoples Network, Malaysia
Kapaeeng Foundation, Bangladesh
Papora Indigenous Development Association, China/Taiwan
Lawyers' Association for Human Rights of Nepalese Indigenous Peoples (LAHURNIP), Nepal
Philippine Task Force for Indigenous Peoples (TFIP), Philippines
Centre for Research and Advocacy (CRAM), Manipur
Sevalanka Foundation, Sri Lanka
Center for Development Programs in the Cordillera (CDPC), Philippines
Centre for Sustainable Community Development (S-CODE), Vietnam
Kalipunan ng Mga Katutubong Mamamayan ng Pilipinas (KAMP), Philippines
Unnayan Bikalper Nitinirdharoni Gobeshona, Bangladesh
International Womens Alliance (IWA)
Kilusang Magbubukid ng Pilipinas (KMP), Philippines
Asian Peasant Coalition (APC)
Rural Missionaries of the Philippines
MOSOP,
Mugal Indigenous Women Upliftment Institute MIWUI (Nepal)

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