20/06/14

Philippines : Un accord européen expose la population aux typhons

Les catastrophes naturelles telles que le typhon Haiyan de novembre 2013 seront plus fréquentes et gagneront en intensité avec le changement climatique. Les conditions de vie des Philippins sont aggravées par certaines multinationales qui détruisent les barrières naturelles, telles que les forêts, les dunes, etc., grâce auxquelles ces populations peuvent se protéger de ces catastrophes. L'Union européenne, à travers l'accord de Partenariat et de Coopération, soutient ces activités à l'étranger et expose davantage les Philippins aux typhons.

 

Accroissement des catastrophes naturelles

Le 8 novembre 2013, le typhon Haiyan a touché l'archipel des Philippines laissant derrière lui des milliers de morts et des millions de personnes affectées. Des centaines de milliers d'hectares de cultures ont été détruits privant la population de ses sources principales de revenus. Aujourd'hui encore, beaucoup de familles se retrouvent  sans toit ni revenu pour subvenir à leurs besoins primaires.

Les habitants des Philippines devront encore revivre cette situation.Une étude de la NASA montre que la calotte glaciaire d'une partie de l'Antarctique Ouest est en train de fondre de manière irréversible ce qui pourra augmenter le niveau de l'océan de 1,2 mètres.

Le GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat) prévient  que si aucun changement n'a lieu en matière d'émissions de CO2, les pays de basse latitude seront davantage touchés par des évènements climatiques extrêmes qui ne feront qu'augmenter en ampleur. Cela aura des conséquences négatives sur la sécurité alimentaire à cause de la destruction de l'agriculture et l'augmentation des migrations en masse de poissons vers des latitudes plus hautes, privant les pays tropicaux de cette source d'alimentation et de revenus. Le GIEC met également en avant l'importance de s'adapter au changement climatique en mettant en place des sociétés plus résilientes1 d'un point de vue social et environnemental.

 

Activité minière destructrice des barrières naturelles

Les Philippins sont fortement menacés par les activités des multinationales minières qui polluent et détruisent les barrières naturelles qui protègent la population des évènements climatiques extrêmes. Elles les empêchent ainsi de s'adapter au changement climatique. Par exemple, l'exploitation de sable noir sur les plages détruit les dunes et lorsque l'eau monte les villages ne sont plus protégés des inondations et les récoltes sont entièrement détruites.

Le sable noir, riche en minéraux tels que le titane et surtout la précieuse magnétite (un minéral noir et magnétisant) et que l'on retrouve au large des côtés du Nord de l'ile de Luzon est devenu la prisée des multinationales minières qui se disputent cette denrée rare, chère et qui est chaque année davantage recherchée. Selon P-magazine, les sociétés belges, Jan de Nul et Deme, ont également des activités aux Philippines et contribuent à affaiblir les obstacles naturels côtiers.

Après le passage des compagnies minières, les plages de rêve sont remplacées par des plages remplies de cratères de sable, d'inondations, de camions géants énergivores, de rivières transformées en égout industriel, de lacs toxiques, de forêts rasées et de poissons quasi inexistants.  La pollution générée par ces activités pollue également  les sols et empoisonne les poissons, la source de revenu principale des habitants de ces villages côtiers. Les populations sont donc forcées à se déplacer vers les terres intérieures ou en ville où elles ne disposent plus de revenus et tombent rapidement dans une pauvreté extrême.  Ceux qui s'y opposent sont souvent menacés ou tués. Un journaliste anonyme raconte « Les maires qui sont contre ces activités sont remplacés par des criminels, et les opposants et les journalistes sont assassinés ou intimidés."

 

L'accord européen nuisible pour les Philippins

Par la loi sur l'extraction minière (Mining Act) en 1995, le gouvernement philippin a permis l'entrée des entreprises et multinationales étrangères dans le pays pour y exploiter les ressources naturelles. Ces politiques nationales sont soutenues par une politique européenne visant à faciliter les échanges et investissements à l'étranger.

C'est dans ce cadre qu' en 2012, l'UE a signé avec les Philippines un Accord de Partenariat et de Coopération (PCA) qui, selon elle, permet de consolider et d'augmenter ses relations économiques avec les Philippines.7 En réalité, il s'agit de faciliter l'entrée des multinationales sur le territoire philippin et de promouvoir la coopération au développement dans des secteurs d'investissement clés pour les intérêts de l'UE tels que le transport, l'énergie, l'agriculture et la pêche.  Le PCA octroie également un traitement national aux multinationales européennes et aux investisseurs et offre ainsi les mêmes privilèges que pour les entreprises philippines.  Les multinationales ont donc le droit de s'implanter aux Philippines, d'y exercer leurs activités et d'y exploiter, à leur guise, l'environnement. Et ce, en mettant dans leur poche la majorité des bénéfices.

Le PCA prépare à un futur accord de commerce et d'investissement entre l'Union européenne et les Philippines  qui servira principalement les intérêts européens.  Il est important que l'Union européenne ne conclue pas cet accord. Dans le cas contraire les Philippines se verront davantage piller leur ressources naturelles par les multinationales européennes. Cette situation détruirait l'environnement et la souveraineté du peuple philippin et les rendrait plus vulnérable face au  changement climatique.

 

1. La résilience est la capacité d'un écosystème, d'une espèce ou d'un individu à absorber une perturbation, à se réorganiser, et à continuer de fonctionner de la même manière qu’avant la survenance de cette perturbation

 

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