13/03/18

Philippines: "Nous ne sommes pas des terroristes!"

Ils sont 649, les terroristes philippins. Du moins si l’on en croit le gouvernement philippin. En réalité, beaucoup d’entre eux sont des activistes des droits humains notoires. Et qui n’acceptent pas d’être étiquetés comme tels.
Duterte traite de la même façon la guerilla armée et l'opposition progressiste

Le président philippin Duterte a longtemps essayé de se lier avec le mouvement populaire. C’est pourquoi, lors de son entrée en fonction – il y a un an et demi, il a recruté des activistes progressistes dans son cabinet et a démarré des négociations de paix avec la guérilla communiste. Cela n’a pas duré. D’abord, les éléments progressistes ont été exclus du gouvernement un par un puis, il y a quelques mois, les négociations de paix ont pris fin.

Depuis lors, Duterte a sorti les grands moyens, à la fois contre la guérilla armée et contre l’opposition progressiste. Son gouvernement ne craint pas de les mettre dans le même panier et de tous les qualifier de « terroristes ».

 

La loi anti-terrorisme pour la première fois en usage

On peut désormais la prendre au pied de la lettre car le procureur a déposé une requête auprès du tribunal afin de cataloguer le Parti Communiste des Philippines comme « organisation terroriste ». Ce qui est possible en vertu de loi anti-terrorisme de 2007, qui est pour la première fois sortie du placard.

La semaine dernière, lorsque le texte de cette requête a été rendu public, il est en outre apparu qu’il contenait une liste de 649 noms de soi-disant complices qui, par conséquent, sont aussi qualifiés de « terroristes ».

Ces personnes seront déclarées hors-la-loi si le tribunal suit la requête du ministère. Mais dans un pays comme les Philippines, où les assassinats politiques sont monnaie courante depuis des années, une telle liste fait déjà office, même sans condamnation, de liste noire aux mains des escadrons de la mort (para-)militaires.

 

Des partenaires de M3M et de Solidagro dans le viseur

La composition de la liste est en outre très surprenante. Selon l’organisation des droits humains KARAPATAN, y figurent près de 50 activistes des droits humains bien connus. Parmi eux notamment Elisa « Tita » Lubi, auparavant active dans l’organisation de femmes Gabriela et aujourd’hui l’une des leaders de KARAPATAN. Ces deux organisations sont partenaires de M3M. Mais aussi un membre du personnel de NIHIP, un projet de santé local relevant du Council for Health and Development, un autre partenaire de M3M.

 

Des partenaires de Solidagro sont également en danger. Beverly Longid, Joan Carling et Windel Boligent sont des militants des droits humains bien connus de la Cordillère, région montagneuse au nord du pays. Accompagnés d’autres collègues, ils étaient venus en Belgique à l’invitation de Solidagro et de la Province de Flandre orientale. D’autres noms sur la liste sont ceux de responsables d’écoles pour enfants indigènes que soutient Solidagro à Mindanao, au sud du pays.

 

D’un dirigeant paysan à une rapporteuse des NU

Comme si tout cela n’était pas assez absurde, figure aussi sur cette liste le nom de Satur Ocampo, un ancien parlementaire. Et même celui d’une Rapporteuse spéciale des Nations Unies : Victoria Tauli-Corpuz. Ce qui a suscité une manifestation de la part de ses collègues experts des droits humains auprès des Nations Unies. Ils ont remis cette situation dans le contexte d’exécutions sommaires généralisées et d’attaques contre des voix critiques aux Philippines.

Cette attaque contre des représentants philippins des droits humains n’est en effet pas un cas isolé. La semaine dernière encore, le Business and Human Rights Resource Center mettait le doigt dessus. Selon le centre de recherche, le nombre d’attaques contre les représentants des droits humains est en augmentation et les Philippines, de même que la Colombie, le Guatemala, le Honduras, le Brésil et le Mexique, font partie des pays où la plupart des cas ont été enregistrés l’an dernier.

 

Les activistes philippins des droits humains ne restent pas les bras croisés. Et ils poursuivent leur travail. Ce n’est que grâce à une lutte permanente que les attaques à l’encontre des représentants des droits humains pourront cesser. Et c’est pourquoi ils peuvent compter sur leurs partenaires en Belgique.

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