29/11/11

Point de vue sur le climat et le développement durable - Initiative Cuba Socialista

Quel lien entre le climat et Cuba?

ICS est membre de la Coalition Climat. C'est une plate-forme qui regroupe une septantaine d'associations belges issues de trois grandes familles: organisations environnementales, mouvements Nord-Sud et associations sociales/socio-culturelles. Cela vous semble étonnant qu’une organisation de solidarité avec Cuba soit membre d’une plate-forme climat? Le lien ne parait pas évident. Voici la motivation de notre participation.

Toutes les organisations de la Coalition Climat défendent la même revendication : elles veulent que les décideurs politiques prennent des mesures fermes pour empêcher des catastrophes climatologiques, qui ne sont pas seulement une menace pour l’environnement mais aussi pour la cohésion sociale et pour les personnes les plus vulnérables au Sud comme au Nord.

 

Un pays insulaire comme Cuba est forcément très vulnérable au changement climatique. Le pays se trouve littéralement au centre de l’ouragan. En plus, il lui manque les moyens financiers pour prendre les mesures les plus efficaces. Pour les Cubains, le changement climatique est quelque chose qui les concerne, une réalité quotidienne. Des systèmes écologiques fragiles sont menacés mais les problèmes se posent aussi dans l’agriculture et dans la santé publique.

 

Malgré les problèmes climatiques, Cuba réussit à atteindre avec peu de moyens de beaux résultats sur le plan du développement durable. L’atout de Cuba, c'est l’engagement prononcé du pouvoir à en faire grand cas. Avec succès, car en 2006 (mais également dans des rapports ultérieurs), le WWF et le Global Footprint Network ont conclu que Cuba était le seul pays du monde qui réussit à combiner un niveau de développement élevé avec une empreinte écologique limitée.

Comment Cuba arrive à élaborer, avec des hauts et des bas, cette politique de développement durable? Le choix pour le socialisme de la population cubaine ne s’exprime pas seulement sur le plan de l'économie et de la structure politique, mais aussi au niveau de la politique de l’environnement. Dans le Cuba d’après la révolution, c’est la politique qui détermine l’économie et non pas l’inverse. Cela permet également de faire des choix pertinents sur le plan du développement durable. ICS estime qu’un tel changement fondamental est aussi nécessaire dans notre société et pense que la politique de Cuba peut nous inspirer.

Les réalisations de Cuba dans l’agriculture organique, par exemple, imposent le respect dans des milieux très divers. Le mouvement de transition cite Cuba régulièrement en exemple. Cuba a déjà vécu des pics pétroliers au début des années 90 et s’y est bien adapté, grâce à une approche fort collective. Le mouvement de transition croit dans la force des petites communautés et met l’accent sur leurs initiatives qui visent à compenser les conséquences des pics pétroliers et du changement climatique. Malgré tout, nous voyons que la situation à Cuba est plus complexe. Le passage vers l’agriculture organique était basé sur l'évolution de la conscience écologique dans les années 80. Mais la percée est intervenue après la décision des autorités d’investir dans le travail de recherche, d’impliquer directement la population agricole et de sensibiliser l’ensemble de la population cubaine à la problématique. A Cuba, le pouvoir est « in command » et cherche des solutions avec les communautés locales. C’est ainsi parce que les autorités cubaines veulent répondre aux besoins de la grande majorité de la population et favoriser le bien-être des gens. Nous avons besoin d’une telle politique ici.

Les problèmes environnementaux peuvent-ils être mieux résolus dans un système socialiste? A notre avis oui. Le capitalisme est en outre néfaste pour le climat. La consommation est le principe vital du capitalisme et nous pousse à la culture du prêt-à-jeter. Ce n’est qu’au moment où les produits sont jetés et devenus des déchets qu’ils permettent de nouveaux achats, nécessaires pour la croissance économique. La société de consommation capitaliste est, en d’autres termes, le plus grand obstacle à la durabilité. Lorsque Cuba était confronté à la lourde crise énergétique des années '90, le pays n’a pas suivi les lois du marché en augmentant le prix de l’énergie pour les habitants. Depuis cette crise, la politique énergétique cubaine est surtout axée sur des économies d’énergie collectives et planifiées. Dans notre société de consommation capitaliste, cela ne sera jamais une option possible.

Au moment même où la communauté mondiale se trouve devant d’énormes défis sur le plan de l’environnement, nous nous trouvons dans une crise structurelle du capitalisme. On ne pouvait pas se l’imaginer il y a 10 ans, lorsque régnait la pensée euphorique « TINA » (There Is No Alternative). Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus de signes de l’échec du capitalisme en tant que système.
La crise économique touche en premier lieu les économies les plus faibles et renforce leur vulnérabilité. Le changement climatique et la crise économique ne sont pas de bons partenaires. Au fil des ans, les problèmes économiques et écologiques se sont accumulés sans trêve. Aujourd’hui, on ne peut plus les nier. Lorsque des pays sont touchés dans leur potentiel économique, il devient encore plus difficile de trouver une réponse aux grands défis écologiques.

Le changement climatique est en premier lieu provoqué par les émissions de CO2 accumulées des pays industrialisés. Mais ce sont surtout les pays du soi-disant tiers monde qui en souffrent. Il est injuste que le Nord nie au Sud son développement économique, sous le prétexte de ‘la lutte contre le changement climatique’. Les pays les moins développés sont ici doublement victimes. Faute de moyens financiers, ils ne peuvent pas s’armer contre les conséquences du changement climatique. En outre, au Nord, on se réfère de plus en plus à la responsabilité des pays qui sont en plein développement économique. Ils ne peuvent pas grandir davantage parce que notre planète n’est plus à la hauteur. N’est-il pas plus que logique que ce soient les pollueurs historiques et principaux qui contribuent le plus au combat contre le changement climatique ? Des pays en plein développement ont le droit de grandir, de la manière la plus durable possible. ICS défend la position des pays du tiers monde au sein du débat international sur le climat.

Finalement encore ceci. ICS compte un peu plus de 650 membres. Ces membres ont des (petits)-enfants ou en auront un jour. Comme tous les autres Belges, nous nous préoccupons de l’avenir des générations qui nous suivent. Cela nous incite aussi à être actifs au sein du mouvement pour le climat.

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