02/04/14

Pouvoir populaire contre le choléra au Congo

« Le choléra tue plus que le SIDA » voilà le slogan d'une manifestation dans les quartiers populaires de Lubumbashi en République Démocratique du Congo (RDC).
La construction d'un mouvement pour la santé, cela ne s'improvise pas.

Le choléra est une maladie véhiculée par l'eau sale, polluée par des excréments. Un des symptômes sont les diarrhées brutales portant à la déshydratation. Sans traitement le choléra peut être fatal dans l'espace de quelques heures jusqu'à trois jours. Grâce à l'amélioration des conditions hygiéniques, cette maladie a été quasiment éradiquée chez nous. Mais dans les quartiers populaires des villes congolaises, elle tue tous les jours. Il ne s 'agit pas d'une coïncidence. A Lubumbashi, la deuxième ville du pays, les autorités publiques donnent une certaine attention à l'hygiène dans le centre-ville, mais délaissent souvent les quartiers populaires périphériques.

L'antenne locale de notre partenaire, l'Etoile du Sud, a décidé de se attaquer au problème dans les quartiers de Luapula et de Musumba qui regroupent plusieurs milliers de personnes. Notre partenaire applique dans cette campagne la méthode de sensibilisation, organisation et mobilisation.
 
Dans le quartier de Luapula, où habitent environ 6000 personnes, des équipes de jeunes bénévoles du quartier, renforcé par des jeunes venus d'autres quartiers, ont d'abord commencé par faire de la porte à porte. Maison par maison ils ont discuté avec les familles de leurs conditions de vie, de l'eau qu'elles buvaient et des cas de maladies dans le foyer. Les causes du problème étaient multiples, mais un élément frappait l’esprit: l'état lamentable des tuyaux de distribution d'eau obligeait les habitants à boire de l'eau sale.

Les visites à domicile ont permis de se faire une idée réelle de l'ampleur du problème, mais aussi de sensibiliser la population par rapport à la maladie et ses causes. Des flyers préparés ont permis d'informer les habitants de l'ampleur du problème, mais aussi de les inviter à une réunion de réflexion. Aux côtés des 103 habitants, le chef du quartier y a également participé.

La réunion a permis d'étendre le réseau de l’Étoile du Sud et d'organiser davantage d'habitants dans la lutte contre le choléra. Les habitants se sont mis d'accord qu'une marche à travers le quartier serait le meilleur moyen d'arriver à attirer l'attention des autorités . Quelques semaines plus tard une marche a rassemblé 400 personnes. Le chanteur populaire local Gino s'est joint à la manifestation avec une adaptation d'une de ces chansons populaires. Le message de la marche était clair : l'eau peut signifier la vie, comme la mort.

action contre cholera - Lubumbashi - partner Etoile du Sud from G3W M3M on Vimeo.

 

 

On avait vu juste. La province du Katanga, dont Lubumbashi est la capitale, est une province riche en ressources minières comme le cuivre et d'autres minerais précieux. Afin que les entreprises minières étrangères qui viennent exploiter ces ressources ne soient pas « dérangées », le très riche et flamboyant gouverneur de la province, Moïse Katumbi, attache une grande importance à la stabilité sociale. Comme Luapula est connu comme un « quartier rouge », la marche a alerté
 le gouverneur qui est descendu lui-même dans le quartier. Il y a promis une réhabilitation rapide des tuyaux d'eau. Le parlement provincial a immédiatement  voté les financements et les travaux ont pu commencer, bien que lentement.

Eric Isolo-Yav, qui dirige l'antenne locale de l’Étoile du Sud, a été invité à parler de la problématique et des activités de notre partenaire sur les ondes de la radio et la télévision locale Wantashi. Ce qui devrait permettre de sensibiliser un plus grand nombre de personnes. Un cercle vertueux pourrait bien se mettre en place !

Et en effet, quelques mois plus tard seulement, au quartier de Musumba, l’Étoile du Sud a pu reprendre le même exercice. Dans ce quartier, où habitent environ 3000 personnes, les caniveaux étaient bouchés et remplis d'ordure. Le manque de conditions de vie saines qui en suivait facilitait l'émergence d'une série de maladies hydriques. La commune avait bien indiqué un endroit où les habitants pouvaient déposer leurs ordures. Mais les enquêtes sociales auprès des habitants ont dévoilé  que cette mesure n'avait pas réglé le problème. L'accumulation d'ordures dans un seul endroit avait en réalité même aggravé le problème : à chaque fois qu'il pleuvait, des pluies torrentielles inondaient la commune d'ordures.

Dès le début le chef du quartier, et le bourgmestre de la commune de Katuba, dont fait partie Musumba, ont été impliqués dans les actions, mais leurs moyens étaient limités. Ils se sont rendus compte que le problème ne pouvait être réglé définitivement à l'intérieur du quartier ou de la commune.

Il fallait organiser les gens autour de la question et attirer l'attention du maire de la ville de Lubumbashi, qui dispose de plus de moyens. Pour y arriver, l'Etoile du Sud a organisé une journée de la santé le 21 décembre. Des « brigadiers sanitaires » issus du quartier, habillés et équipés par notre partenaire, ont nettoyé leur quartier et leurs caniveaux. Des brigadiers d'autres quartiers ont exprimé leur solidarité en participant à l'action. Face à l'enthousiasme populaire, et l'auto-organisation de la population, le maire de Lubumbashi a cédé : le 29 décembre des camions de la ville sont venus enlever les ordures.
Depuis janvier ces camions, qui ne sont donc plus l'apanage du centre-ville, passent régulièrement. Une vraie amélioration pour le quotidien des gens. Le défi sera maintenant de maintenir la mobilisation populaire pour que l'attention des autorités pour les quartiers de Luapula et de Musumba restent vive etd'étendre l'organisation populaire vers d'autres quartiers.

Les populations des quartiers défavorisés doivent compter autant que ceux des autres quartiers. Les actions de l'Etoile du Sud montrent qu'un vrai mouvement de, par et pour ces populations peut atteindre ce résultat. Pour cette raison, M3M soutient l'Etoile du Sud pour qu'il puisse élargir son rayon d'action. Ils ont besoin de matériel, comme des calicots, des bottes en caoutchouc et des habits spéciaux, mais aussi de formations spécialisées en communication, ou destinées à leur aider à impliquer et gérer davantage de personnes. La construction d'un mouvement pour la santé, cela ne s'improvise pas.

 

Vous pouvez soutenir nos partenaires Congolais en faisant un don à Médecine pour le Tiers Monde au n° de compte BE15 0010 4517 8030  (BIC: GEBABEBB) avec la mention « don Congo ». Vous pouvez aussi faire un don en ligne.

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