11/04/12

Que signifie souveraineté alimentaire?

Le mouvement populaire au Nord et au Sud préconise la souveraineté alimentaire comme réponse à la crise alimentaire chronique. C’est un concept qui a été développé par les paysans pauvres eux-mêmes et qui a été mis à l’agenda pour la première fois par La Via Campesina, la fédération internationale des petits paysans, au milieu des années 1990.
Pour les gens du Sud, la souveraineté alimentaire signifie le droit de se protéger contre les importations. Pour nous, elle signifie un combat contre les subsides à l’exportation et contre l’agriculture intensive. (José Bové, paysan activiste)

La souveraineté alimentaire reconnaît le droit des communautés et des peuples à mener leur propre politique sur le plan de la nourriture et de l’agriculture et à en contrôler eux-mêmes les moyens de production. Elle reconnaît également le droit à une production alimentaire saine, adaptée et durable. Cela va plus loin que la sécurité alimentaire qui ne vise que l’accès à la nourriture. Outre cet accès à la nourriture, la souveraineté alimentaire s’exprime aussi à propos du contrôle démocratique de la production alimentaire.
La People's Coalition on Food Sovereignty (Coalition populaire sur la souveraineté alimentaire), un réseau de campagnes en Asie, décrit de la sorte quelques principes importants :

  • Tout le monde a droit à une nourriture saine, sûre et adaptée. Un bon programme alimentaire doit veiller à ce que cette nourriture soit présente à des prix abordables au sein de la communauté.
  • L’État doit faire en sorte que chaque famille dispose d’un revenu lui permettant de pouvoir acheter de la nourriture. Le prix des produits de base comme le pain, le riz, le lait, les œufs, etc., doit se voir imposer des limitations.
  • L’État doit aussi faire en sorte qu’on puisse utiliser des réserves alimentaires suffisantes au cas où des catastrophes se produisent.
  • Tout le monde doit avoir le droit de produire de la nourriture. Les programmes de l’État doivent stimuler l’agriculture et la pêche de sorte qu’un nombre plus élevé de gens puissent y être actifs. Ces programmes doivent s’orienter vers la capacité à se prendre soi-même en charge (autarcie) et non vers la production destinée à l’exportation.
  • L’aspect principal des programmes autarciques dans la production alimentaire est leur capacité à rendre les petits producteurs plus forts. Une réforme de l’agriculture et des pêcheries doit faire en sorte que les paysans pauvres aient accès aux moyens de production et qu’ils puissent en assurer eux-mêmes le contrôle.
  • Un programme de technologie adaptée doit mettre celle-ci à la disposition des petits producteurs. Ils doivent aussi avoir accès de façon adaptée au capital.
  • La politique financière et commerciale doit soutenir les programmes désignés à cette fin par des subsides, son appui et sa protection. Des accords comme ceux qui ont été élaborés par l’Organisation mondiale du commerce et par la politique d’« adaptation structurelle » de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) doivent être supprimés.
  • L’État doit stimuler une production agricole durable sur le plan écologique et il doit se soucier avant tout de la santé des producteurs et des consommateurs. C’est pourquoi il convient d’appliquer le principe de précaution : tant que la sécurité de certains produits n’est pas prouvée, ils doivent être tenus à l’écart de la chaîne alimentaire.
     

Photo: IFRC on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

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11/04/12
Foto: IFRC on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0) http://www.flickr.com/photos/ifrc/3099606131/
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