30/01/17

Quelles leçons tirer de Trump pour notre système de santé ?

Une des premiers tâches de Trump en tant que Président des Etats-Unis est celle de démanteler l'Obamacare. Cette semaine, le congrès dominé par les Républicains, procèdera au vote sur des adaptations à apporter à la loi très controversée sur l'assurance maladie.
Le parti républicain est de loin le plus grand bénéficiaire du lobby de Big Pharma et des géants des assurances privées. Il a donc tout intérêt à démanteler le système qui défend une certaine solidarité.

L'Obamacare oblige chaque Américain à souscrire à une assurance maladie. Les Américains aux faibles revenus peuvent bénéficier d’une allocation qui leur permet de s'assurer sur le marché privé. Il n’y aucune doute que la population des Etats-Unis a besoin d’un système de santé ambitieux afin d'accéder à des soins de santé abordables. A l’époque pré-Obamacare, 46 millions d’Américains vivaient sans assurance maladie. Ainsi, les Etats-Unis sont le seul pays développé qui ne prévoit pas de couverture de soins universelle pour ses citoyens, bien que le pays ait l’un des budget santé les plus élevés au monde.

Le système se fissure

L'Obamacare a permis de fournir une assurance maladie à plus de dix millions de personnes. Mais le système a ses failles. Contrairement aux promesses, 29 millions d’Américains ne sont toujours pas assurés. De plus, les Républicains critiquent vertement l’augmentation de la dette publique engendrée par cette loi. En Belgique aussi, l’équilibre entre l’accessibilité aux soins et les frais financiers du système de santé suscite un débat passionné. Quelles leçons pouvons-nous tirer de Trump et des ses soutiens républicains sur notre propre système de santé ?

D’abord, il est essentiel de vérifier la provenance de la critique. Mettre l'accent uniquement sur l'aspect économique est une stratégie qui dissimule les grands intérêts financiers qui menacent toute la politique des soins de santé. Certains assureurs affaiblissent le système en en refusant d'y participer car , à leurx yeux, il n’offre pas assez de profits. D'autres n'ont pas hésité d'augmenter les primes de 25%. Alors qu'un Américain sur cinq ne peut se payer les soins médicaux nécessaires, les trois plus grandes sociétés pharmaceutiques, elles, obtiennent 45 milliards de dollars de bénéfice par an. Des centaines de millions provenant de ce profit sont utilisés pour financer les lobbys ou sont offerts comme contributions aux campagnes politiques voire aux politiciens eux-même. C’est donc en quelque sorte une corruption légale à laquelle aussi bien les Républicains que les Démocrates participent. Le parti républicain est de loin le plus grand bénéficiaire du lobby de Big Pharma et des géants des assurances privées. Il a donc tout intérêt à démanteler le système qui défend une certaine solidarité. Cela se manifeste par des prix exubérants des médicaments ainsi qu'une pression énorme sur le patient et les subsides de l’Etat.

Ensuite, nous constatons que nous ne pouvons pas ignorer les arguments sur l’inefficacité des systèmes d’assurances publiques. De nombreux services publics font face à de sérieux problèmes : du simple retard des trains aux longues listes d’attente dans les services psychiatries. Certains groupes libéraux, comme le parti républicain, remarquent à juste titre que beaucoup d’argent public est alloué à ces institutions. Pourtant, ces services ne fonctionnent pas convenablement. C'est inacceptable, disent-ils.

Privatiser les soins de santé est-il la bonne solution?

En effet. Ils n'ont pas tort. Mais la conclusion qu'ils tirent est que les services publics fonctionnent de manière inefficace parce qu’ils ne suivent pas les mécanismes du marché. Si l'on considère le partenariat public-privé comme le grand sauveur, c'est que l'on ignore les causes des inefficacités : ce sont souvent des années de restrictions budgétaires qui ont mené à un manque de moyens pour pouvoir fonctionner convenablement.

L'Obamacare nous apprend qu’un système basé sur des assurances privées devient inpayable, parce que les sociétés augmentent leurs tarifs afin de rester compétitives.

Enfin, a côté des polices d'assurances trop élevées qu'ils réclament à leurs clients, les assureurs privés aux Etats-Unis bétonnent leurs profits exubérants en imposant des critères d’adhésion très stricts. Ces critères excluent de facto des millions de personnes à cause de leur état de santé. Celles qui ont un risque plus élevé ne peuvent y souscrire ou doivent payer davantage. Et cela a eu des conséquences kafkaïennes. Selon un membre du congrès : « Etre une femme constitue déjà un 'risque 'supplémentaire. Avoir accouché l'est aussi tout comme le fait d'avoir été victime de violence familiale. ». En d’autres termes, les assureurs privés mettent tout en œuvre pour n’admettre que les clients en bonne santé, c'est-à-dire ceux qui leur coûtent le moins cher afin de maximaliser leurs profits. C'est le monde à l’envers. L'Obamacare mettait fin à ce système, au grand dam des assureurs privés.

Quelles leçons tirer pour la Belgique?

En Belgique aussi, même si notre système de protection sociale est souvent mis en avant, il flirte de plus en plus avec les intérêts commerciaux. Le nouveau slogan de l'assurance privée DKV en est un bon exemple: « La médicine belge est l’une des meilleure du monde. DKV la rend accessible. » DKV est une société à but lucratif et peut donc segmenter ses clients. Cela signifie qu’elle choisit consciemment qui elle veut assurer et à quel prix, comme aux Etats-Unis. Le fait que la santé soit liée à la situation socio-économique ne leur pose apparemment aucun problème éthique.

Il est clair que ce ne sont pas les sociétés privées qui rendent un système de santé accessible, mais bien des lois strictes qui garantissent l'accès aux soins des plus vulnérables de notre société.

Si nous pouvons apprendre quelque chose de Trump, c’est ceci :. un système mixte à deux vitesses, dans lequel les services publics sont sous-financés pour les plus pauvres et les soins privés de luxe sont accessibles seulement à ceux qui peuvent se les payer, a ses limites. Il donne des munitions aux partisans d'un système qui fait du profit sur base de la misère. Quiconque de juste et censé ne peut croire que c’est une bonne idée.

 

Cette carte blanche a été publiée par La Libre Belgique et par Knack.be

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