01/10/13

RC Congo en Questions & Réponses: Que veut le gouvernement de la société civile?

Actuellement le «dialogue national» en cours en RD Congo va sur sa fin. Il s'agit d'une initiative du gouvernement congolais qui a réuni des partis d'opposition et des organisations de la société civile pour discuter des questions cruciales dans la société congolaise. Nous essayons de situer l'initiative dans le contexte congolais.
Cette initiative fait partie d'une série d’initiatives par lesquelles le gouvernement cherche à obtenir un plus grand soutien social.

Q. Pourquoi le président congolais Joseph Kabila a-t-il créé cette consultation nationale ?

A. Président Kabila a expliqué les raisons de cette invitation dans son discours d'ouverture : la République démocratique du Congo est menacée et la souveraineté du pays est en danger par la menace militaire à l'Est. Pour faire face il faut deux choses: un plus grand consensus dans le pays et une accélération de la politique de modernisation suivie par le gouvernement du Premier ministre Matata. Ces deux éléments sont également reliés les uns aux autres. Un sens civique accru devrait mener à une perception plus aisée de l'impôt. La lutte contre la corruption doit assurer que les taxes soient utilisées efficacement. Les Congolais aisés devraient investir et créer des emplois dans leur propre pays.

Et cela est nécessaire pour créer une armée moderne et efficace qui peut défendre le territoire. La paix et le développement, ces deux points essentiels pour le bien-être de la population, sont ainsi intimement liés.

Q. Les opposants affirment que le président Kabila manque de légitimité. N'est-ce pas justement une manière de reconquérir cette légitimité?

A. Les élections présidentielles de 2011 ont été mal organisées. On a également constaté de la fraude. Le gouvernement le reconnaît. Le président de la Commission électorale a été remplacé par Malu Malu, qui avait fait un bon travail au cours des élections de 2006. Cela se pourrait donc que le président vise également à redorer son image avec cette initiative.

Mais en dépit de la mauvaise organisation des élections, la plupart des observateurs politiques trouvent que le résultat reflète les rapports de force: Kabila représente une large coalition contre une opposition profondément divisée.

Avec la consultation en cours le président Kabila veut accroître le soutien à la politique du gouvernement, y compris auprès de l'opposition. Des personnalités comme Kengo Wa Dondo, président actuel du Sénat et ancien ministre sous le dictateur Mobutu , sont assises sur une montagne de dollars qui pourraient être utilisés pour moderniser le pays. Les impliquer dans la gestion - en échange de quelques postes ministériels - est un moyen d'accélérer la reconstruction du pays.

Cette initiative fait partie d'une série d’initiatives par lesquelles le gouvernement cherche à obtenir un plus grand soutien social. C’est ainsi que le ministre du Budget a décidé de discuter le projet de budget avec un certain nombre d'organisations de base afin de tester les sensibilités. C’est sans précédent dans l'histoire politique congolaise que le budget de l'Etat soit présenté à la société civile. Il s’agit donc d’autre chose que de redorer l’image.

Q. Mais sous Kabila aussi il y a surtout une petite élite qui profite?

A. Il ya de ça. La " majorité présidentielle " est une vaste coalition de partis et de personnalités influentes qui très souvent mettent en avant leurs intérêts à court terme. Pour financer le relèvement du pays Congo a besoin d'investissements. Grâce  la stabilité dans le pays il ya une classe moyenne émergente, qui est très dynamique et surtout rêve de croissance économique rapide. Cette classe est la base pour la modernisation ciblée par le gouvernement.

La lutte politique qui se déroule au Congo tourne en grande partie autour de la question si le pays sera un pays de croissance avec sa propre politique industrielle ou qu'il restera un fournisseur de matières premières pour l'Occident.  Au Congo ces deux modèles de développement se confrontent. Nous en tant qu'organisations sociales devons nous positionner. Depuis 2006, le Congo connaît une croissance économique solide et stable et cela pour la première fois après trente ans de déclin. Le précédent gouvernement a construit 6000 km de routes et a rendu ainsi à nouveau possible le commerce dans un certain nombre de régions. A fur et à mesure que l'économie du Congo se redresse, les organisations de base pourront également se renforcer. Cela offre des chances.

Q. Pendant ce temps, la guerre fait rage dans l'est. Est-ce que le gouvernement du président Kabila fait-il réellement quelque chose contre ça?

A. Tout le monde sait maintenant tout doucement que les voisins - l'Ouganda et le Rwanda, grands alliés des Etats-Unis – fomentent sans cesse des troubles à l'est du Congo. Ils invoquent leur sécurité, mais leur vrai programme est économique. L'instabilité dans l'Est permet le Rwanda à s’accaparer de minerais congolais. Pour l'élite rwandaise la décentralisation du Congo est un premier pas vers l'annexion de facto du Kivu.

Deux stratégies s’opposent. L'Occident, les Etats-Unis en tête, veut garantir une ligne d’approvisionnement de matières premières à l’Est: du Kivu, via le Rwanda vers l'océan Indien. Toutefois, le gouvernement congolais préfère d’établir ses relations économiques avec certains pays de la Communauté Sud- Africaine de Développement (SADC) comme l’Afrique du Sud, l'Angola, avec comme objectif principal le développement économique régional.

Le gouvernement congolais est dans une situation difficile: il n'y a pas d'argent pour construire une armée moderne et efficace contre l'agression étrangère, mais le pays a besoin de paix pour un redressement économique. Le gouvernement cherche un soutien international pour sortir de cette impasse. Le peuple congolais veut la paix et le progrès. Nous croyons qu'il est très important d’agir en Belgique et ailleurs pour des sanctions contre tout pays - Rwanda en tête - qui est coupable d’agression contre le peuple congolais.

Q. De cette manière le gouvernement ne postpose-t-il pas constamment les réformes promises?

A. Il est vrai que le gouvernement devrait s’attaquer à réformer l'armée, le travail de la justice, que l'administration devrait être décentralisée au niveau des nouvelles provinces, que des élections locales devront se faire et que les gouvernements locaux devront être installés. Mais le pays ne se développe pas dans une bulle. Les gouvernements occidentaux, le FMI, la Banque mondiale, les multinationales: tous ont leur vision sur le Congo. Il n'est pas facile de suivre une approche autonome dans tout cela.
Pour élaborer sa propre stratégie, le gouvernement doit procéder avec prudence. Il doit notamment s'assurer d’obtenir un meilleur contrôle sur les leviers centraux pour le développement, tels que l'exploitation des matières premières, la perception des taxes et des accords internationaux sur les investissements majeurs dans le secteur de l'énergie.

Les réformes proposées au niveau international ne sont pas non plus infaillibles. Rien ne dit que les structures décentralisées sont plus avantageuses pour la population. Les multinationales par exemple aiment les politiciens locaux parce qu'ils peuvent facilement les soudoyer. Rien ne garantit que les responsables locaux n’aillent pas réaliser leur propre agenda. Le gouvernement prend maintenant les premières étapes vers l'organisation d’élections locales, mais cela doit se faire dans les limites du budget national et ne doit pas mener à une fragmentation du pays.

La qualité d'une démocratie ne dépend pas en premier lieu du degré de décentralisation, mais du degré de participation des gens dans la prise de décision. L'ordre du jour de la population sera atteint principalement en construisant des fortes organisations sociales, des syndicats, des organisations qui luttent pour les droits fondamentaux. Si la population est organisée, elle peut plaider son propre ordre du jour, tant au niveau national et local.
 

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