05/10/15

RDC: La salubrité, ça se passe aussi à l'hôpital!

Visiter un hôpital ou un centre de santé en RD Congo est toujours une expérience saisissante : imaginez les différents pavillons constitués de grandes salles communes reliés par un long couloir couvert, des vêtements étendus ici et là en train de sécher...
Comment s'assurer que les malades qui se rendent à l'hôpital, et les membres de famille qui les accompagnent ne contractent pas une autre maladie qui serait due à ces déchets?

...des femmes accompagnées de jeunes enfants affairées autour d'énormes casseroles fumantes, des jeunes filles transportant des seaux et des bidons d'eau, des infirmières prodiguant des soins dans des grandes salles communes ; et des déchets qui traînent ici et là : sachets, bouteilles en plastique, emballages de produits pharmaceutiques...

Un hôpital propre!

Que se passe-t-il ? Comment expliquer la présence de ces déchets dans un lieu, l'hôpital, où la propreté et l'hygiène sont essentielles ? Et surtout, que faire face à cette situation, comment s'assurer que les malades qui se rendent à l'hôpital, et les membres de famille qui les accompagnent ne contractent pas une autre maladie qui serait due à ces déchets ?
A Beni dans la province du Nord Kivu, à l'Est de la RD Congo, les professionnels de santé, accompagnés des membres du réseau pour le Droit à la Santé de nos partenaires EDS et CODIC : le Comité de Santé Populaire de Beni et les associations locales actives dans le domaine de la santé ont décidé qu'il fallait que cette situation change : ils veulent un hôpital propre, dans lequel l'hygiène est assurée et où les malades ne risquent plus d'y contracter une maladie à cause des déchets qui traînent ici et là !

Formation sur la gestion des déchets

Ensemble, ils ont organisé deux journées de formation en août 2015 sur « la gestion des déchets biomédicaux dans les structures de santé de Beni » à destination des professionnels de santé, mais aussi des représentants des services de l’État comme par exemple le service d'hygiène publique de la ville de Beni, ou encore le service de protection civile. Étaient aussi présents, les représentants de différentes organisations locales qui luttent pour améliorer la santé des populations. Au total, pas moins de 35 personnes ont participé à cette formation.

Cette formation a été l'occasion pour les infirmiers et les médecins de partager leurs difficultés face aux conditions d'hygiène et de salubrité dans lesquelles ils doivent bien souvent faire leur travail et ce, dans une région où les conflits perdurent ; « Nous avons récemment dû accueillir et soigner des blessés de guerre suite à une opération de l'armée régulière dans la région contre les groupes rebelles, mais on n'a pas assez de sanitaires en état de fonctionnement à l'hôpital et les gens devaient aller faire leurs besoins là où ils pouvaient, ça dégageait une odeur très forte et ça risquait d'attirer les animaux et les insectes nuisibles, on a essayé de réhabiliter plus de sanitaires mais on était limité avec les moyens financiers ».

Recyclage et sécurité

Avant tout, les participants ont voulu commencer par évaluer leurs connaissances sur la gestion des déchets, et un test a permis à chacun d'identifier ses lacunes « Moi, ce qui me pose des problèmes, c'est de savoir quels sont les différents déchets et comment les traiter ; qu'est-ce que je dois faire avec les seringues par exemple, ou avec les gants en latex qu'on utilise pour les opérations. Est-ce qu'il y a des choses qu'on peut recycler car souvent nous manquons de matériel ? ».

Après ce test, les participants ont pu établir leurs attentes suite à la formation comme par exemple :

  • Connaître les différents types de déchets (hospitaliers, ménagers, industriels, etc.)
  • Connaître les risques de ces déchets pour la santé (la pollution de l'eau, la présence de germes pathogènes)
  • ou encore, maîtriser les étapes de la gestion des déchets : la collecte, le transport, le traitement ou l'élimination

Les participants ont aussi voulu savoir comment trier et recycler les déchets biomédicaux, mais aussi, comment assurer leur sécurité lorsqu'ils transportent et traitent des déchets.
Bien sûr, la théorie, c'est nécessaire, mais c'est surtout par la pratique que le groupe a voulu améliorer la gestion des déchets à l'hôpital. Ils ont donc entrepris de faire le tour de l'hôpital et d'identifier les lieux où les déchets étaient laissés, de voir aussi comment réhabiliter les incinérateurs et trier les déchets : brûler les papiers, stériliser les seringues, enterrer les placentas, ramasser les sachets plastiques, etc.

Plan d'action

A l'issue de ces deux jours, les participants sont repartis avec des instructions précises sur les prochaines activités à mener dans leur structure sanitaire pour améliorer la gestion des déchets ; et ils en ont profité pour formuler de nombreuses recommandations à l'attention de toutes les personnes concernées par ce problème :

  • à l'Hôpital et aux Centres de Santé, au sein de leurs propres infrastructures, les participants se sont engagés à diffuser ce qu'ils avaient appris auprès de leurs collègues, et de constituer un comité de gestion des déchets ;
  • au Ministère de la Santé et plus généralement aux autorités, les participants ont tenu à rappeler la nécessité de disposer du matériel nécessaire pour assurer une bonne gestion des déchets : incinérateur, pelle, brouette, stérilisateur, etc. ;
  • aux entreprises pharmaceutiques et à ceux qui fournissent des produits et médicaments aux structures sanitaires, les participants ont tenu à insister sur la nécessité d'utiliser des emballages facilement recyclables ou encore d'éviter les emballages individuels ;
  • enfin, ils ont rappelé l'importance de sensibiliser, à leur niveau, les membres de la communauté pour qu'ils participent aussi à l'amélioration de la salubrité à l'hôpital et dans leurs quartiers.
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