30/09/09

Rencontre internationale pour le droit à la santé, à Cuenca!

Stijn, d’intal, est parti récemment pour l’Amérique latine afin d’y travailler quelques mois comme volontaire auprès de notre partenaire le MSP-LA (Movimiento para la Salud de los Pueblos-Latin America/Mouvement pour la Santé des Peuples-branche Amérique latine).

Stijn, d’intal, est parti récemment pour l’Amérique latine afin d’y travailler quelques mois comme volontaire auprès de notre partenaire le MSP-LA (Movimiento para la Salud de los Pueblos-Latin America/Mouvement pour la Santé des Peuples-branche Amérique latine), à Cuenca (Équateur). À son arrivée, il a participé à un séminaire international sur le droit à la santé et à la vie.

 

 Cette semaine, c’est le séminaire international qui détermine le rythme des activités : « Encuentro internacional por el derecho de los pueblos a la salud y la vida » (Rencontre internationale pour le droit à la santé et à la vie). En dehors du fait qu’il s’agit d’un séminaire s’adressant à un large public et organisé par la faculté de médecine de l’université de Cuenca en collaboration avec le Movimiento para la Salud de los Pueblos (MSP) Latin America (L-A), c’est également une rencontre avec les figures de proue du MSP-LA, avec des représentants du continent tout entier, du Canada à Cuba. C’est un privilège de pouvoir côtoyer de près ces personnalités du mouvement dès ma seconde semaine sur place.

Du Nord au Sud, des médecins sont présents. Ils sont venus du Canada, du Mexique, de Cuba, du Guatemala, du Nicaragua, du Salvador, de la Colombie, du Venezuela, de l’Équateur et de la Bolivie. Outre Arturo Quizhpe, qui est non seulement l’homme fort du MSP-LA en Équateur, mais aussi l’un de ses pionniers en Amérique latine, j’ai également fait la connaissance de Maria Hamlin Zúñiga, coordinatrice du MSP-LA et, mercredi après-midi, de Nila Heredia, ancienne ministre bolivienne de la Santé publique auprès d’Evo Morales.

Tous sont des autorités et des figures intéressantes qui, malgré leur riche curriculum vitae, n’en restent pas moins modestes et très accessibles. Tous sont des gens qui s’engagent dans leur pays pour le MSP-LA et le droit à la santé. Très éloquent, par exemple, le moment où Nila Heredia, ne trouvant pas de taxi, nous a accompagnés en voiture vers le centre. Nous étions quatre dans la petite voiture de Jorge, à bavarder à bâtons rompus avec l’ancienne ministre de la Santé publique de Bolivie. Nadiezda, une collaboratrice d’intal qui fait elle aussi son stage actuellement au MSP-LA, était également de la partie !

Cette situation est significative de l’ambiance relâchée qui régnait lors de cette rencontre internationale au sommet. D’autres figures marquantes étaient Eduardo Espinoza, vice-ministre de la Santé publique du Salvador, et les professeurs Jaime Breilh (université andine Simón Bolívar, Quito, Équateur) et Jorge González Pérez (recteur de l’Institut supérieur des sciences médicales de La Havane, Cuba) qui, tous deux, ont été promus Docteurs Honoris Causa de la faculté de médecine de l’université de Cuenca. Lors du souper, toutes ces personnalités sont venues avec le petit autobus de la faculté, d’un modèle bien connu également au Limbourg, puisque c’est celui qui transporte les mamys adeptes du bingo. Par contre, en Belgique, j’imagine mal qu’on puisse y rencontrer le docteur Beaucourt et d’autres médecins renommés…

La position de ces personnes engagées est également absolument différente de celle de la médecine classique, qui approche trop souvent la santé comme quelque chose de médical, biologique, clinique, chirurgical… Ce qu’on perd trop souvent de vue, c’est l’APS (Antención Primaria en Salud – Soins primaires et santé), les soins de santé de première ligne, avec l’accent sur la prévention. Ici, sur le plan de la santé et de la maladie, on ne tient pas seulement compte de l’aspect biologique, mais aussi de l’aspect psychologique et des facteurs sociaux. Dans la quasi-totalité des exposés de cette semaine, il a donc été question des DSS, les déterminants sociaux de la santé, c’est-à-dire les facteurs sociaux qui déterminent la santé. Ici, entrent également en compte des facteurs culturels, économiques (telle la situation de travail) et écologiques (tel le milieu où l’on vit). 

À plusieurs reprises, on a insisté sur le fait que la santé n’est pas qu’une question de présence de médecins ou de médicaments, mais aussi une question d’accès à l’eau potable, à un milieu de vie sain, à la biodiversité, aux droits du travail… Cela n’a guère de sens, en effet, d’envoyer un médecin quand le patient atteint de tuberculose n’a pas d’eau potable à sa disposition ou quand le travailleur qui se plaint de douleurs dans le dos est obligé le lendemain de porter une fois de plus de lourdes charges... Comme le disait Nila Heredia jeudi matin : les médecins classiques sont bien sûr en mesure de guérir des maladies, mais il ne sont pas en état de créer la santé. Pour cela, il convient de prendre en considération les facteurs sociaux (DSS).

En Équateur et en Amérique latine, une très grande importance est réservée à la philosophie du Buen Vivir, littéralement le « bien vivre ». Dans la nouvelle constitution de l’Équateur (2008), ce concept englobe entre autres le droit à une bonne qualité de vie, avec de l’eau potable, une situation de travail saine, un environnement de vie sain, la biodiversité… Un environnement de vie sain est difficile sans respecter la Pachamama, la Terre Mère. En compagnie des communautés locales, le MSP-LA lutte pour la sauvegarde de la Pachamama. 

La lutte contre les exploitations minières polluantes est très concrète et actuelle, en Équateur et plus spécialement à Cuenca. Mercredi, la Ligue des défenseurs de la Pachamama a argumenté d'une manière saisissante contre les multinationales (canadiennes) qui ont reçu des milliers d’hectares de concessions dans des zones particulièrement fertiles de la forêt amazonienne. Cela signifie non seulement la destruction de magnifiques et précieux espaces de la forêt tropicale et l’anéantissement de toute vie sociale pour les communautés locales, mais aussi la pollution de régions naturelles et de vastes nappes d’eau souterraine. J’y reviendrai de façon détaillée plus tard car, mercredi 30 septembre, il y a à Quito une grande manifestation au programme.

Au congrès, le thème du droit à la santé a été traité sous divers angles par des spécialistes médicaux, médecins, professeurs, chercheurs, sociologues, syndicalistes, membres du mouvement des droits de l’homme, membres du mouvement des femmes pour la Pachamama, (anciens) ministres, coordinateurs du MSP-LA… Le discours tenu lors de ce séminaire, organisé par la faculté de médecine de l’université de Cuenca en collaboration avec le MSP-LA, n’était pas exactement celui auquel nous sommes habitués en Belgique lors des séances académiques. Par moment, j’avais l’impression de me trouver au beau milieu d’une conférence d’intal ou d’Amnesty, ou en plein meeting syndical, et non dans un séminaire universitaire, obligatoire de surcroît pour les étudiants de première année de médecine et les étudiants en infirmerie.

Le mérite de ce séminaire, avec des orateurs et conférenciers particulièrement compétents, revient entre autres à Arturo Quizhpe, figure de proue du MSP-LA et recteur de la faculté de médecine de l’université de Cuenca. Ils sont rares les rectorats où l’on voit accrochés des portraits de Che Guevara : dans d’autres pays, il pourrait y aller de votre carrière, voire de votre vie.

Les prochains mois et semaines auprès du MSP-LA promettent d’être très intéressants et édifiants, entre autres, avec la lutte contre les exploitations minières et la grève des enseignants. À suivre, donc ! Suivez Stijn sur intal et sur son blog personnel.

 

 

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