08/08/19

Une rencontre de partenaires au Sénégal : Parlons de nos droits !

En avril, Viva Salud, KIYO et Solidagro ont réuni leurs organisations partenaires du Maroc, du Mali, du Burkina Faso, du Sénégal, de la RD Congo et du Burundi au Sénégal pour un échange sur la stratégie et les bonnes expériences de chacun dans la défense des droits de tou.te.s.

Nous avons commencé par échanger les spécificités de notre approche, l’approche basée sur les droits, en partageant des expériences du terrain. Chaque pays a présenté les piliers qui semblent les plus importants.

Parlons de droits, pas de besoins

Le fait que nous parlons de droits et pas de besoins a constitué le premier pilier. Combler un manque grâce à des services rendus à la population ne permet pas d’en modifier durablement les causes. Ce que nous voulons, c’est que la population revendique ses droits et ne se sente plus victime. Oscar du Burundi (de JJB, partenaire de KIYO) nous a ainsi raconté qu’après la formation sur les droits de l’enfant donnée par JJB, les membres des clubs d’enfants et des jeunes mettent en place des plateformes communales pour agir sur les questions problématiques relatives aux droits de l’enfant dans leur circonscription afin d’influencer les décisions relatives aux droits de l’enfant. Ils ne se sentent plus victimes et ne sont plus attentistes par rapport à leur situation.

S'attaquer aux causes, pas aux symptômes

L’importance de bien analyser la situation a été le deuxième pilier dont nous avons discuté. Il faut prendre le temps d’analyser les causes sous-jacentes des problèmes ou des violations de droits afin de ne pas s'attaquer uniquement aux symptômes. Fatimata du Burkina Faso (ASK, partenaire de Solidagro) nous livrait à ce propos les difficultés et les leçons apprises que les bénéficiaires avaient rencontrées lorsqu’ils avaient analysé toute la chaine de causes, ainsi que tous les acteurs concernés (tant du côté des détenteurs de droits que des porteurs d’obligations) dans le domaine de la sécurisation de périmètres maraichers.

S'adresser à ceux qui nous sont redevables

Le rôle de l’Etat et, plus généralement, celui des « porteurs d’obligations » était notre troisième pilier. Il est important d’interpeller ceux qui ont comme devoirs de veiller aux droits de la population. C’est ce que nous a raconté Mme Ouafaa de l’organisation Karama – Pour le développement de la femme (partenaire de KIYO) du Maroc. Elle nous a décrit leur campagne de sensibilisation pour faciliter la reconnaissance des enfants marocains, et particulièrement des enfants nés hors mariage.

De la concertation à la protestation

Et, finalement, l’empowerment comme outil de mobilisation. Dans ce cadre, Deo du CODIC en RD Congo (partenaire de Viva Salud) nous a présenté la campagne « L’eau c’est la vie » et le trajet d’empowerment qui a été mis en place avec la population : 1) Concertation : discussion communautaire des problèmes identifiés, 2) Plaidoyer : proposition des solutions et 3) Revendication et protestation.

Une approche et plusieurs thématiques

Chaque organisation s’est spécialisée dans une thématique spécifique : le droit à la santé pour Viva Salud, les droits des enfants pour KIYO et le droit à l’alimentation pour Solidagro. Nous avons donc pris le temps d’apprendre à mieux connaître ces trois droits. En parlant des droits de l’enfant, Francelline du Burkina Faso (Pag-La-Yiri, partenaire de Solidagro) nous confiait : « Peut-être qu’on applique l’approche basée sur les droits, mais on n’y réfléchit pas. » Et c’est justement cela que nous voulions mettre en avant : toutes ces choses que les partenaires mettent en œuvre et qui pourraient être capitalisées pour être mieux partagées et mises en avant.

Nous avons également discuté du genre et de la façon de l’intégrer davantage dans notre travail. Grâce à Safoura du bureau local de Solidagro au Burkina Faso, nous avons échangé nos expériences et bonnes pratiques et comment nous pouvions mieux mettre en œuvre des actions en faveur de l’égalité hommes-femmes.

Solidagro et le mouvement agro-écologique au Sénégal

Cette rencontre des partenaires nous a permis également de rendre visite aux partenaires et bénéficiaires de Solidagro sur place. Nous nous sommes rendus à la Fédération des femmes de Toubacouta où nous avons mieux pu nous rendre compte du travail qu’elles avaient fait pour en arriver à s’organiser d’une telle manière et de l’impact qu’avait le partenariat avec Solidagro dans l’amélioration de leurs conditions de vie. Des femmes qui ne s’occupaient que de leur lopin de terre avec de maigres ressources sont maintenant fédérées et reconnues par leur commune comme un acteur incontournable. Grâce à l’appui de Solidagro, elles disposent maintenant d’un bâtiment pour se rencontrer et stocker leurs productions. Elles suivent également des formations pour gérer au mieux leur fédération et cultiver leurs terres selon un modèle agro-écologique.

Nous avons de plus eu la chance de pouvoir partager l’expertise de quatre éminents orateurs du mouvement agro-écologique au Sénégal, ce qui nous a permis de mieux comprendre les enjeux de l’agro-écologie et plus particulièrement des semences paysannes. Celles-ci, malgré leurs nombreux avantages (adaptées aux conditions locales, résistantes à la sécheresse, aux maladies et aux parasites, ayant une grande valeur nutritionnelle, …), ne sont pas acceptées par le système officiel au Sénégal. L’Etat leur préfère les variétés industrielles, suite à la pression effectuée par l’agro-industrie, malgré le fait que le Sénégal ait signé un Traité international (TIRPAA) garantissant la protection et l’utilisation de ces semences paysannes.

Évaluation thématique

Cet événement a été possible dans le cadre de l’évaluation à mi-parcours de notre programme de cinq ans (2017-2021). Nous avons eu la chance de pouvoir nous pencher sur une question thématique et il nous a paru naturel de choisir la cohérence de notre approche. Et après avoir écouté et partagé les expériences de 6 pays d’Afrique, l’approche par les droits semble bien être très cohérente pour nous permettre de réaliser le plus efficacement possible notre objectif : Tous ensemble pour les droits de tou.te.s! Cette rencontre cadre dans un processus d’évaluation comprenant des évaluations externes et des évaluations croisées des pays dans lesquels nos trois organisations sont actives. Les évaluations externes seront menées par un bureau d’évaluation externe, C-lever.org. Les évaluations croisées, quant à elles, seront organisées par un staff d’une organisation de notre programme commun qui se rendra dans un pays où une des deux autres organisations est active. Cela permettra, d’une part, de bénéficier de l’évaluation par quelqu’un qui comprend bien le programme et ses objectifs de l’intérieur et, d’autre part, d’apprendre à évaluer un projet et à se poser les bonnes questions.

 

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