28/12/12

Santé et souveraineté indissociables en RD Congo

Le droit à la santé au Kivu dépendra surtout de deux éléments: la sensibilisation, l'organisation et la mobilisation de la population, et la garantie de la paix et de la souveraineté congolaise.

Quand le 20 novembre 2012 les forces du groupe armé M-23 ont occupé Goma, la population s'est vue refuser l'accès à l'eau et à l'électricité, les écoles ont été fermées, les vivres se sont faits de plus en plus rares pendant que l'insécurité régnait en maître. Bien que le M-23 se soit retiré officiellement le 1 décembre, le manque de sécurité rend la vie quotidienne difficile. L'instabilité complique aussi le travail des militants de la santé.

Un combat pour l'eau

L'antenne locale de l'Etoile du Sud (EDS), partenaire de M3M, et ses Comités de Santé populaire (CSP) soulignent que le retrait officiel du M-23 n'a pas résolu les problèmes de la population. L'instabilité et l'insécurité touchent directement et indirectement le bien-être et la santé de la population locale. De façon directe il y a bien sûr les tueries, les pillages et les viols de femmes et d'enfants. Les habitants de Goma craignent encore aujourd'hui particulièrement les incursions nocturnes de groupes armés dans la ville .

De manière indirecte, l'instabilité complique la vie quotidienne de mille et une manières. L'accès à l'eau potable est un exemple particulièrement frappant. Les problèmes d'approvisionnement en eau potable ne se limitent pas aux provinces du Kivu. Bien qu'un programme national des autorités congolaises compte étendre l'accès à l'eau à 7,2 millions (!) de personnes additionnelles vers 2015, l'eau courante fait aujourd'hui défaut à environ 74% de la population. Ceux qui ont la chance d'en avoir s'inquiètent de sa qualité. A différents endroits, l'EDS essaie de changer les choses en organisant la population des quartiers populaires autour d'un puits ou d'un plaidoyer auprès des autorités locales ou de la Régideso pour que ces dernières prennent effectivement leur responsabilité en matière du droit à l'eau de la population. Au quartier Luebo à Kinshasa ou au quartier Kigoma à Lubumbashi, cette approche a déjà porté ses fruits.

Au Kivu, la question de l'eau est d'une acuité particulière. L'expérience vécue par un des noyaux du CSP de Goma illustre ce que l'insécurité peut signifier en pratique pour l'accès à l'eau. Dépendant pour son eau de l'immense lac du Kivu, la population d'un village n'a qu'un seul point d'approvisionnement situé à environ 2,5 km du village. A de nombreux endroits l'accès au lac est extrêmement dangereux, voire impossible. Le point d'accès suivant se trouve à plus de 4 km, à plus d'une heure de marche. La pompe qui permettait de remonter l'eau au village est en panne et la population doit donc se rendre sur place pour puiser l'eau. Un trajet que la situation actuelle rend souvent hasardeux.

L'instabilité et le manque de contrôle des autorités congolaises sur la région compliquent grandement le développement d'une infrastructure aquifère capable d'alimenter la population locale en eau potable. L'absence d'infrastructure ne se fait d'ailleurs pas sentir uniquement en matière de transport de l'eau. Le même point d'accès à l'eau étant utilisé à la fois par des « mamans » pour la lessive et par des éleveurs pour leur bétail, la pollution de l'eau menace directement la santé des consommateurs. Avec la population concernée, l'EDS organise des actions de plaidoyer auprès des autorités et des campagnes de sensibilisation auprès des mamans et des éleveurs mais souligne que l'installation d'une nouvelle pompe est primordiale pour éviter les conflits, les longs trajets et les noyades des enfants dans le lac. Il va sans dire que le développement d'une infrastructure digne de ce nom requiert en premier lieu un rétablissement de la souveraineté et le contrôle des autorités congolaises sur leur territoire.

Des responsables désignés

L'insécurité et les incursions dans Goma et sa périphérie sont souvent le fait d'escadrons bien habillés et équipés d'armes neuves. Un rapport du groupe d'experts de l’ONU sur la RDC indique d'où ils viennent: le Rwanda, soutenu par l'Ouganda, recrute les rebelles et fournit du matériel militaire et des armes au M-23. Le rapport montre même que le ministre rwandais de la défense était en contact direct avec les dirigeants du M-23. Il s'agit donc d'une rébellion dirigée par l'étranger. Ce rapport s'ajoute à d'autres condamnant le rôle du M-23 dans des violations horribles des droits de l'homme en RDC. Depuis le 13 décembre, on fait d'ailleurs état d'une présence accrue de militaires rwandais auprès de Goma. Des groupuscules armés entrent au Congo par les postes frontaliers de Kasizi, Kanyanja et Kibuye, qui échappent au contrôle du gouvernement congolais. De connivence avec les militaires rwandais, le M-23 reste présent dans de nombreuses parties du territoire congolais, comme à Rutshuru ou Nyiragongo. Des militaires Rwandais et le M-23 ont aussi été aperçus sur la colline Muja-Rusayo et dans des villages situés à 5 km du camp de réfugiés de Mugunga, tout comme à Kinyogote à l’ouest de Goma. Mais l'Ouganda aussi est pointé du doigt par le rapport de l'ONU et des membres de la société civile locale confirment que l'Ouganda aussi est bien présent sur le terrain, notamment au sein du parc naturel des Virunga.

Éléments de solution

L'ONU et la société civile locale semblent donc s'accorder sur le fait qu'il s'agit d'une attaque étrangère menaçant la santé, la vie et la souveraineté du peuple congolais. Dans son discours sur l'état de la nation, le président congolais Joseph Kabila en a conclu que la défense de l’intégrité territoriale devra désormais constituer une priorité absolue. Le besoin de renforcer l'État congolais, face à la déstabilisation qui frappe la population de plein fouet, est manifeste. Kabila a aussi appelé à une mobilisation de toute la population afin de pouvoir faire face à cette agression imposée. Afin de faciliter le processus, des réformes de l'armée, de la police et une nouvelle loi sur les provinces ont déjà été approuvées.

Du rétablissement de la sécurité à l'approvisionnement en eau, la réalisation du droit à la santé au Kivu dépendra en effet de deux éléments principaux: d'une part, la sensibilisation, l'organisation et la mobilisation de la population auxquelles l'EDS contribue, et, d'autre part, la garantie de la paix et de la souveraineté congolaise. Cette dernière devra bien évidemment inclure les ressources naturelles du pays afin de faciliter les investissements dans l'infrastructure.

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