11/04/12

Terre et agriculture

L’agriculture a beaucoup changé ces dernières décennies. Dans le Nord, l’agriculture à grande échelle et industrialisée est devenue le principal fournisseur de nourriture.
3/4 des hommes et des femmes souffrant de la faim vivent dans des zones rurales et dépendent de l'agriculture pour leur survie. La plupart d'entre eux sont des paysans sans terre. (FAO, 2nd Conference on Agrarian Reform & Rural Development, 2006)

Dans le Sud, les changements dans le domaine de l'agriculture sont moins spectaculaires. Pour la grande majorité des petits agriculteurs, une chose est restée constante: la pauvreté. Pourtant, il y a également eu beaucoup de changements pour eux. Ces changements ont principalement trait à leur relation à la terre. Et la terre est très importante pour un petit agriculteur. La terre est non seulement une source de revenus, mais aussi une assurance-vie pour les pauvres en zone rurale. Un agriculteur sans terre n’a aucune sécurité pour le futur.

Lors de l’indépendance des anciennes colonies, durant la seconde moitié du siècle dernier, l'idée était de « moderniser » leur agriculture à l’instar du modèle d'agriculture des pays industrialisés. Dans de nombreux pays en voie de développement, la grande majorité des agriculteurs gérait l'agriculture comme le faisaient leurs ancêtres: avec des moyens très rudimentaires, sur des terres communes ou en tant que locataires sur les terres de grands propriétaires fonciers. Certains grands domaines et plantations, où l’on produit pour l'exportation, ont été des exceptions.

La Banque mondiale a promu la « Révolution verte » dans l'intention d'augmenter sa production grâce à de nouvelles techniques agricoles. De cette façon, la malnutrition et la pauvreté dans le monde seraient allégées. La « Révolution verte » consistait en l'utilisation d’un nombre déterminé de semences améliorées à grande échelle. Ce type d'agriculture a supplanté l'agriculture traditionnelle qui s’était adaptée à l'environnement tropicale au fil des générations, nécessitait peu d'investissements et était fondée sur la réutilisation des semences. Les méthodes « modernes » d'agriculture, au contraire, nécessitent beaucoup d'eau, d’engrais chimiques ainsi que de pesticides et la réutilisation des semences est limitée.

Ces techniques furent en effet capables d'augmenter considérablement la production pour une période déterminée. Il est néanmoins vite devenu clair que les conséquences furent désastreuses pour l'environnement: les produits chimiques ont épuisé la terre, la nappe phréatique a diminué et les terres se sont salinisées. C’est pourquoi l'augmentation de la production ne fût que temporaire. Par ailleurs la santé de nombreux agriculteurs en fût affectée.

Les agriculteurs pauvres du Sud ont connu encore d’autres effets négatifs de la « Révolution verte ». Ils ont été entraînés malgré eux dans une logique de marché. Le coût de production a augmenté de manière significative et leurs revenus en ont souffert. Les paysans pauvres ont été chassés de leurs terres par les grands projets agricoles et la possession d’un morceau de terre propre est devenue de moins en moins accessible aux paysans sans terre. La faim demeure une réalité pour la plupart des producteurs alimentaires.

Depuis les années 90, les multinationales promeuvent les cultures génétiquement modifiées comme un « moyen miracle » de gérer la production alimentaire. Il s’agit parfois de cultures résistantes aux herbicides afin que ces produits puissent être utilisés sans mesure. De toute manière, ces produits engendrent une hausse des coûts. Les petits agriculteurs sont donc plus dépendants des produits de l'industrie agrochimique, tandis que ces produits favorisent l’agriculture à grande échelle. En bref, la « révolution génétique » a exactement le même effet que la « Révolution verte ».

La récente crise alimentaire a encore fragilisé l’accès à la terre des agriculteurs pauvres. Différents pays sont à la recherche de terres agricoles à l'étranger pour assurer leur approvisionnement alimentaire. Hormis les multinationales, ce sont aujourd'hui également les pays semi-développés tels les pays pétroliers, la Corée du Sud, la Chine ou l'Inde, qui investissent dans des terres agricoles en pays sous-développés. La Banque mondiale a estimé en 2009 qu’en moins d'un an 56 millions d'hectares ont été achetés dans le Sud. Une étude menée par Oxfam estime que la superficie totale ayant changé de propriétaire au cours des dix dernières années s’élève à 227 millions d'hectares. C'est plus que la superficie totale de l'Europe occidentale.

L’absence de droit à la terre demeure à ce jour un problème majeur dans le Sud. Cela est très clair dans nos pays partenaires. Aux Philippines, 7 agriculteurs sur 10 n’ont pas ou trop peu de terres pour survivre. La réforme agraire reste l'une des demandes principales du mouvement populaire. En Palestine, l'occupation de la Cisjordanie tourne notamment autour du contrôle des terres et de l'eau, au détriment de l'agriculture palestinienne.

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