30/06/15

Une amende pour accoucher à la maison? Une idée absurde selon le mouvement des femmes Philippin

"Plus de services de santé, pas moins!", voilà la revendication de notre organisation partenaire philippine Gabriela. Les membres de l'organisation des femmes ont parlé avec le gouvernement local à Quezon City, la plus grande banlieue de la capitale Manille, sur la nouvelle loi interdisant les accouchements à domicile.
Cela ne sert à rien rien de punir les femmes qui donnent encore naissance à la maison, quand il est clair que c'est leur seule option.

Une nouvelle loi nationale oblige les mères philippines à accoucher à l'hôpital. Les soins de santé aux Philippines sont pourtant difficilement accessibles et souvent très chers. Pour les mères philippines qui ne disposent pas de beaucoup de revenus, l'accouchement à domicile est la pratique la plus courante.
Celle qui ne respecte pas la nouvelle loi doit payer une amende de 5.000 Pesos philippins (environ 100 euros), une somme énorme pour une femme philippine à revenu moyen. En outre, aucun effort supplémentaire n’est fait pour rendre les services de santé plus accessibles.

Les femmes qui ne peuvent pas payer leurs soins de santé sont donc punies. Les membres de l'organisation des femmes Gabriela constatent que cette nouvelle loi a déjà créé plus de problèmes qu'elle en a résolus. Lors de leur entretien avec la vice-maire de Quezon City, les femmes ont parlé de quelques témoignages poignants.

Angoissée de devoir payer l'amende, une femme n'a pas souhaité donner naissance à la maison. Pourtant, en raison de la longue attente à l'hôpital, elle a mis en danger son enfant et sa propre vie. Au dernier moment, sa famille l’a accompagnée à l'hôpital voisin, mais un acompte était réclamé avant d'aider la femme en détresse.

Une autre femme terrifiée par l'amende, a accouché à l'hôpital le plus proche. La facture a atteint 15 000 Pesos philippins (environ 300 euros), un montant qu'elle ne pourra pas payer. Le gouvernement local ne lui fournit aucune aide financière.
Les femmes qui choisissent néanmoins de donner naissance à la maison, ne peuvent pas compter sur une aide professionnelle. Les mamans dont les enfants sont nés à la maison ont beaucoup de difficultés à obtenir un certificat de naissance officiel, puisque aucun professionnel de la santé ne veut le signer. La vaccination est également refusée pour ces nouveaux-nés.

Le temps est compté

La nouvelle loi fait partie des objectifs du millénaire auxquels le gouvernement national veut répondre. L'un des objectifs est de réduire le taux de mortalité maternelle de 221 sur 100.000 naissances à 52 d'ici la fin de cette année. Selon le gouvernement philippin, les accouchements à domicile sont la principale cause du taux élevé de mortalité maternelle et 8 sur 10 naissances dans les régions les plus pauvres se font en dehors de l'hôpital, sans médecin, infirmière ou sage-femme dans les environs.

Selon Gabriela, le problème est ailleurs: "Ce ne sont pas les accouchements à domicile qui sont la cause d'un tel taux de mortalité maternelle, c’est surtout le manque d'accès aux soins de santé de base et de consultations prénatales. Cela ne sert à rien de punir les femmes qui accouchent encore à domicile, quand il est clair que c’est vraiment leur seule option. Au contraire, cela les met encore plus en danger ».

Une rencontre réussie

Gabriela demande au gouvernement de mettre en oeuvre une politique globale de la naissance, où les femmes pauvres et les organisations concernées ont une place. Il devrait y avoir davantage d’intérêt pour des mesures positives en vue d'améliorer la santé des femmes, plutôt que pour un système d'amendes qui ne suscite que du stress chez les femmes enceintes.

Après la discussion, la vice-maire Joy Belmonte a promis des consultations entre les parties concernées et une révision des règles de cette loi controversée. Elle s'est rendue compte que certaines mesures devraient être clarifiées et que les sages-femmes traditionnelles et professionnelles de la santé devraient être autorisés à aider les femmes dans le besoin. La maire Belmonte a assuré aux membres de Gabriela que la ville allait mettre en place plus de centres de santé afin d’offrir les soins nécessaires aux femmes enceintes.

La délégation de Gabriela est retournée à la maison contente, mais elle continuera à faire pression sur le gouvernement local et national pour le droit à la santé pour tous. Avec nos autres partenaires philippins, ils mènent campagne pour améliorer l'accès aux soins de santé. Ici, une étude réalisée conjointement : «Dans un état critique: la privatisation de la santé aux Philippines."

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